Durant 3 mois, nous avons testé le Myotest dans de nombreuses configurations (sols, dénivelé, vitesses, durées, fatigue...). Sur les routes du Jura, des Vosges, du Valais Suisse et d'ailleurs, une bonne centaine de sportifs s'en est donné à coeur joie. Les enregistrements livrent petit à petit leurs secrets. Les coureurs lèvent le voile sur la singularité de leur foulée et de son devenir avec la fatigue. Et les résultats ne sont pas piqués des vers !
Les foulées
Dans ce site, nous avons régulièrement parlé de typologies de foulées (secteur biomécanique). Par exemple, nous avons distingué la foulée "rebondie" - à la fois sautillante et dynamique au sol - et la foulée "rasante" plus orientée vers l'avant et plus longue au sol. Moins aérienne, la seconde paie moins de mine. Mais elle pourrait s'avérer tout aussi efficace et moins traumatisante dans la durée. Le Myotest l'annonce !
Paramètres
Foulée "rasante
Foulée "moyenne"
Foulée "rebondie"
Longueur (m)
1m10-1m15
1m15
1m15
Temps d'appui (ms)
180 ms
140 ms
120 ms
Temps de suspension (ms)
190 ms
200 ms
220 ms
Raideur (kN/m)
30
40
60
Force (poids de corps)
2 fois
2.4 fois
3 fois
Angle d'envol (degrés)
12 - 18°
14 - 18 °
16 - 22°
Ondulation (cm)
8 - 10 cm
10 - 12 cm
11 - 12 cm
Abaissement sur l'appui (cm)
4 à 7 cm selon type
5 cm
3.5 à 6 cm selon type
Visuel à l'appui
Paramètres de la foulée (à 12 km/h) chez des coureurs au "style" différencié (du terrain à l'aérien)
Le coureur "rasant" passe plus de temps au sol (180 vs 120 millisecondes) et moins en l'air (190 vs 220 ms). Son appui est moins dynamique mais davantage orienté vers l'avant (angle d'envol inférieur d'environ 4°). L'énergie qu'il ne peut récupérer au sol, il ne la dépense pas en l'air (ondulation diminuée de 2 cm). Bien qu'il ne joue pas sur l'élasticité qui lui permettrait
d'emmagasiner
l'énergie dans ses tendons (raideur très faible), il ne dépense rien. Ou si peu ! Certains diront qu'il est économe peut-être même radin. Nous préférons dire qu'il ménage sa monture. Sa foulée est adaptée aux efforts de longue durée.
Le coureur "rebondi" attaque le sol avec la plante de pied (alors que le coureur rasant pose le talon puis déroule) et rigidifie sa jambe (raideur augmentée de 20 Kilo Newtons par Mètre). Pourquoi ? Transmettre l'énergie mise en réserve dans ses muscles (mollets, aponévrose plantaire...) grâce à son appui en plante de pied. Ce coureur "en pieds" recycle l'énergie à merveille (voir le modèle de l'élastique). Heureusement car il dépense sans compter (ondulation marquée, force sur l'appui 20 à 50% plus élevée). Il préfère les vitesses des courtes distances (10 km) qui lui permettent de continuer à recycler l'énergie sans trop dépenser en l'air.
Le coureur "mixte" tente le compromis entre l'appui dynamique et une dépense "réfléchie" en l'air. Selon sa catégorie, il joue plus ou moins sur la mise en tension du muscle. Dans ce cas, l'élastique du corps le plus sollicité est souvent celui situé sur l'avant de la cuisse (quadriceps). Par rapport à son "cousin dynamique", il délaisse le pied pour rebondir sur la cuisse (coureur "en cuisses").
La fatigue
Si le Myotest lit les foulées et pourra - à son heure - proposer les exercices techniques et musculaires adaptés à chaque typologie, il apporte un nouvel éclairage sur l'effet de la fatigue sur la biomécanique de course. Le modèle de connaissance le plus usuel stipule qu'avec la fatigue le coureur diminue les contraintes à l'appui (force diminuée), réduit sa foulée (moindre amplitude), maintien ou augmente le temps d'appui au sol, bref devient plus terrien. 20 coureurs ont réalisé un test consistant à réaliser la meilleure performance sur 8 à 10 km. Nous attendions le modèle. Nous l'avons eu ! Comme nous avons eu des foulées inébranlables sous l'effet de la fatigue. Comme nous avons eu des coureurs qui se sont mis à jouer complètement "hors cadre".
Certains coureurs "s'enfoncent au sol" avec la fatigue (en bleu). D'autres "s'envoient en l'air" (en rouge).
Comme le modèle le prévoyait, la mesure Myotest a montré que certains coureurs restent "scotchés" au sol quand la fatigue pointe le bout de son nez. Leur temps d'appui augmente, leur raideur s'effondre, l'ondulation de leur centre de gravité diminue. Comme le feraient des caramels abandonnés au soleil de juillet, ils semblent se ramollir jusqu'à se confondre avec le sol. Tout l'inverse des coureurs "en fond bleu". Eux semblent attirés par le ciel. Leur temps d'appui diminue d'environ 15% avec la durée, tandis que leur raideur augmente. Fatigués ils ondulent de plus en plus. Peut-être aspirent-ils à l'envol ! Ce modèle aérien semble plus commun chez les coureurs à l'appui dynamique (foulée rebondie). Nous l'avons rencontré dans 15-20% des cas. Il reste toutefois à préciser et surtout à confirmer.
Innovons
Des typologies de foulées jusqu'aux évolutions antagonistes de la biomécanique de course avec la fatigue, l'étude Myotest nous livre des faits novateurs dans le champ des connaissances sur la foulée. Une fois encore la technologie nous ouvre des portes en même temps qu'elle nous pose des questions. De nouvelles idées sont lancées. Le travail continue. L'étude Myotest aussi.
Durant le test " foulée - fatigue", le coureur indique la fatigue perçue sur une échelle de 10 points (ici 3 sur 10)