Article scientifique de la semaine
   

L'altitude n'est plus ce qu'elle était !

L'entraînement en altitude fait partie des techniques dont on ne sait toujours pas si elles relèvent de l'effet de mode ou des procédés indispensables aux performances de haut niveau en endurance. La plupart des athlètes ont choisi leur équation gagnante : performances = entraînement en altitude. Les scientifiques s'interrogent encore trouvant parfois que l'altitude ne sert à rien, d'autres fois que certaines formes d'entraînement marient les avantages de l'altitude et du niveau de la mer.

Quel que soit leur camp, jusqu'à présent les pro- et anti- altitude généralisaient leur jugement. Mais ces dernières années des voix différentes se sont levées avec une proposition commune : "Plutôt que généraliser tentons de comprendre les réactions individuelles à l'altitude". Certaines hypothèses ont ainsi vu le jour comme celle qui affirme que l'altitude produit des effets plus ou moins palpables selon le capital génétique des athlètes. Par exemple, des athlètes comme Bob Tahri disposeraient des mutations génétiques qui optimiseraient leurs séjours courts en altitude. Du coup ils améliorent leur oxygénation à l'effort au moindre séjour à 2000m. Car il s'agit bien d'un enjeu important de l'altitude : Réduire la quantité d'oxygène disponible pour l'organisme de manière à le contraindre à trouver des solutions lui permettant de mieux le capter.

Sur cette base, deux grands spécialistes de l'altitude (Robach et Lundby) proposent une nouvelle hypothèse : l'altitude pourrait n'être utile qu'aux coureurs présentant des taux d'hémoglobine bas. Expliquons pourquoi.
L'amélioration de la consommation d'oxygène avec l’entraînement en altitude, dépend notamment de la capacité à augmenter la masse d’hémoglobine totale ; vous savez ce pigment qui permet de transporter l'oxygène dans le sang. Paradoxalement une partie des athlètes d'élite en endurance possèdent déjà des niveaux d'hémoglobine proches des limites hautes. Ce point est tellement fort chez eux que même l'altitude n'y changerait rien. L'hémoglobine ne pourrait pas être plus "haute que haute". D’où l'idée avancée par les deux physiologistes : Dépister les athlètes qui possèdent la plus faible masse d'hémoglobine totale et les envoyer préférentiellement en altitude.

L'hypothèse est intéressante et sera sans doute testée dans les mois ou les années à venir. La connaissance y gagnera ; au même titre qu'on gagnera à ne pas réduire l'altitude à des taux d'hémoglobine. Ce serait méconnaitre d'autres processus physiologiques à l'œuvre (muscles respiratoires…). Ce serait surtout oublier des éléments largement aussi importants comme courir avec les copains (groupes d'entraînement) ou se confronter aux meilleurs qui parfois vivent en altitude (haut-plateaux d'Afrique de l'Est).

Référence

Is live high–train low altitude training relevant for elite athletes with already high total hemoglobin mass? P. Robach, C. Lundby. Scand J Med Sci Sports 2012: 22: 303–30.

Thomas Léti et Cyrille Gindre

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