Pendant un mois, les personnes qui pratiquent le ramadan s'abstiennent de boire et manger de l'aube au coucher du soleil. On imagine bien que cela laisse des traces sur l'organisme des sportifs. Mais quelles traces ? Une équipe française a voulu savoir. Elle a suivi les indicateurs biologiques, physiologiques et de performances de 8 athlètes spécialistes de demi-fond avant, pendant et après la période de jeune.
Résultats
Dès le 7ème jour de jeûne, la Vitesse Maximale Aérobie des coureurs est réduite. La baisse se confirme après 3 semaines de ramadan. Cette tendance va de paire avec une baisse de la quantité de sommeil (1h30' à 2h de sommeil en moins par nuit) et une dégradation de l'humeur.
Parallèlement les indicateurs biologiques de l'inflammation (cytokines, interleukine IL-6) et de l'action (adrenaline) augmentent. Pour sa part, le taux de mélatonine chute tandis que le rapport testostérone/cortisol se maintient. Ses indicateurs ajoutés aux sensations de fatigue vont dans le sens d'une "fatigue de la lutte". Fatigué, le corps réagit en se mobilisant. La fin du jeûne venue, la récupération est assez rapide puisque 7 jours après la fin du ramadan, tous les indicateurs ont retrouvé leur niveau initial.
Ces résultats reflètent assez bien les différentes études menées ces dix dernières années. La période de jeûne induit une fatigue perçue par 70% des pratiquants ; fatigue qui culmine en fin de ramadan. Le corps est agressé à la fois par le jeûne mais aussi par le déphasage (cycle jour-nuit) et la perte de sommeil induite. La baisse des performances est réelle mais modérée. Elle n'est toutefois pas systématique.
Recommandations
Un suivi et une prise en compte quotidienne de la fatigue perçue permettent de discriminer les sportifs particulièrement sensibles durant la période du ramadan. En prévention, il est recommandé de réduire le volume d'entraînement durant le ramadan et de revenir progressivement (sur 15 jours) aux niveaux de sollicitation antérieurs. Pour les sportifs les plus sensibles à la période de jeûne, il est recommandé de réduire également les entraînements intenses (même s'ils sont de courte durée). Par ailleurs, il semble préférable de réaliser les entraînements le matin plutôt que le soir.
Références
Effects of Ramadan fasting on physical performance and metabolic, hormonal, and inflammatory parameters in middle-distance runners. Chennaoui M, Desgorces F, Drogou C, Boudjemaa B, Tomaszewski A, Depiesse F, Burnat P, Chalabi H, Gomez-Merino D. Appl Physiol Nutr Metab. 2009;34(4):587-94.