Article scientifique de la semaine
   

Tadese : Un champion du monde "regardant à la dépense"

Peut-être vous souvenez-vous de cette course épique. Par une température de 34°C à l'ombre, l'éthiopien Kenenisa Bekele abandonne dans le sixième et dernier tour du champion du monde de cross disputé à Mombasa au Kenya. Quelques centaines de mètres auparavant, Bekele avait lâché le coureur érythréen Zersenay Tadese avec lequel il courait depuis la mi-course. La défaillance de Bekele permet à Tadese de remporter l'épreuve et d'offrir à l'Erythrée, son premier titre de champion du monde de cross.

De la deuxième à la sixième place, les coureurs locaux kenyans se partagent les places d'honneur. Kenyans, éthiopiens et depuis peu Erythréens, les coureurs et coureuses de l'Afrique de l'Est sont aux commandes de la course d'endurance dans le monde. Alors bien sûr, les études scientifiques pleuvent pour tenter de comprendre pourquoi il en est ainsi. Depuis 15 ans tout a été testé : consommation d'oxygène, ventilation, longueur des jambes, poids des mollets, bras de levier. Un consensus ressort de ces études. Les capacités physiologiques ( VO 2 max .) des athlètes d'élite de l'Afrique de l'Est ne sont pas supérieures à celles des athlètes d'élite européens. Au-delà de ce constat, les avis divergent. En dépit des données contradictoires, un certain nombre d'études fait un constat supposé expliquer les différences de performances entre les coureurs d'Afrique et ceux du vieux continent. Le constat est simple : Les coureurs africains sont plus économes. Ils dépensent moins d'énergie que les européens lorsqu'ils courent.

La dernière publication en date sur le sujet apporte du crédit à cette hypothèse. Une équipe de chercheurs madrilènes rapporte l'économie de course du champion du monde de cross : Zersenay Tadese. Par un processus de simplification, l'économie de course est calculée par la consommation d'oxygène d'un coureur à une vitesse donnée de course. Moins le coureur consomme d'oxygène, plus il est économe. Selon les études, des coureurs entraînés consomment 185 à 220 millilitres d'oxygène par kilogramme et par kilomètre. Et voilà que le chiffre tombe pour Tadese ; un chiffre record : 150 ml/kg/km, peut-être la meilleure économie de course publiée jusqu'à présent.

Qui donc a dit que pour réussir en course d'endurance, il fallait être bien pourvu en VO2max ? Face à l'alternative "riche en oxygène" existe l'alternative "regardant à la dépense ". Ce n'est pas Tadese qui le démentira.

 

Référence

The key to top-level endurance running performance: A unique example . Lucia A, Olivan J, Bravo J, Gonzalez-Freire M, Foster C. Br J Sports Med. 2007.

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