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Kip Keino : leader de l'espérance


Premier grand athlète kenyan à avoir atteint le haut niveau mondial, Kip Keino a été le précurseur de la renommée kenyane en course à pied. Ses deux titres olympiques, ses records mondiaux, sa personnalité ont fait de Kip Keino, une légende de l'athlétisme.
Grand sur les pistes, il en est encore plus grand en dehors.

Kipchoge Keino est né en 1940, d'une famille comptant 6 enfants. Sa mère décède alors qu'il n'a que 3 ans. Gardien de troupeaux de chèvres, il n'entre à l'école qu'à l'âge de 13 ans, et doit quitter celle-ci à 16 ans, faute de moyens financiers.
Son père avait été un honnête coureur et aimait à raconter ses exploits qui donnent à Kip l'envie de pratiquer la course à pied au point de construire avec des amis une piste autour de la ferme familiale.

Petit à petit Kip se construit son entraînement, bénéficiant de conseils, observant ce qui se fait ailleurs, analysant ses échecs..

1Les points clés de "l'entraînement Keino"

Varier les allures de footing
A son entrée dans la police en 1958 - et parce qu'il est réputé bon coureur - Keino est envoyé à Kijango pour s'entraîner.
Il y trouve un inspecteur Chef, Mickael Wade qui lui donne des conseils quant à son entraînement. Wade lui recommande notamment de varier les allures dans ses footings et d'y inclure des sprints. Il s'entraîne à cette époque entre 3 et 5 fois par semaine et pratique différents sports (football, volley-ball.) les autres jours.
Kip améliore progressivement ses temps et court le 3 miles en 13'46" (ce qui correspond à peu près à 14'14 au 5000m) en 1962. Cette performance lui permet de participer cette même année aux jeux du Commonwealth. Il marque ces jeux par une tactique de course qui devint par la suite presque une signature du style kenyan. Au cours du 3ème miles, Kip part dès le coup de pistolet sur des bases très rapides, il n'est rattrapé qu'à la cloche et ne termine que 11ème (13'55). Cette course eut une grande influence quant à son entraînement ultérieur.

Réaliser des séances d'intervall training (fractionné actuel)
Keino avait du mal à comprendre comment finir vite une course. Il fit alors la connaissance de Mel Whitfield, champion olympique sur 800m en 1948 et 1952. L'américain est en Afrique afin de développer le sport dans ce continent. "Je lui ai donné des conseils, je ne l'ai pas entraîné et personne ne l'a fait d'ailleurs."
Keino améliore son entraînement au contact de Whitfield mais aussi grâce à sa curiosité.
Lors d'un stage pour les jeux du Commonwealth, Keino se rend en Australie où blessé il ne peut s'entraîner. Il va alors regarder les athlètes étrangers s'entraîner et découvre ce qu'est l'intervall training. Il va intégrer cette méthode dans ses entraînements.

Alterner travail intense et repos
Kip s'entraîne alors 5 fois par semaine, et quelques fois double deux à trois fois par semaine, en faisant du travail sur des intervalles. Dans ces cas là, il prend une récupération les jours qui suivent.
Cet entraînement le fait progresser rapidement et lui permet de participer aux JO de Tokyo en 1964 (5ème sur 5000m et éliminé en demi finale sur 1500m).

Keino repart de ces jeux avec une motivation décuplée et le souhait de s'aligner sur plusieurs distances aux prochains JO et de s'y distinguer.
Il durcit son entraînement , notamment afin de palier ses manques sur 1500m. Il s'entraîne dur, fractionnant parfois à plusieurs reprises dans une même journée, enchaînant par exemple 220yards (201m), 440yards et 880 yards très vite avec 4' de récupération entre.

Kip bénéficie d'un environnement d'entraînement idéal ; des terrains vallonnés, des chemins de terre et l'altitude des hauts plateaux. Il a toujours en tête sa défaite des jeux du Commonwealth, où il ne termina que 11ème après avoir mené la course jusqu'à 400m de l'arrivée. Afin de pouvoir finir une course de façon rapide, il travailla sur des intervalles courts à l'entraînement.

Observer et toujours modifier son entraînement
Il essaya différents types d'entraînement, variant les distances, les allures, toujours encouragé par Whitfield. Il ne cessa d'observer les autres coureurs étrangers, de discuter avec eux.

Fort de cet entraînement intensif, il débarque en 1965 en Europe et se confronte aux meilleurs coureurs mondiaux. Il remporte de belles victoires sur Clark, Jazy et affole à plusieurs reprises les chronomètres (record du monde du 3000 m en 7'39"5 et du mile en 3'53"6, record personnel sur 5000 m de 13"24"2).
Les années suivantes Kip court toujours autant, s'alignant parfois sur plusieurs distances dans un même meeting.
A l'approche des JO de Mexico (1968), Keino veut s'aligner sur trois distances différentes, 1500m, 5000m et 10000m. L'année 1968 sera donc programmée en fonction de cet objectif ambitieux. Il ne fait que quelques courses et préfère s'entraîner chez lui au Kenya, à 2400m d'altitude.
Ses entraînements sont très durs, mélangeant résistance et vitesse. Il s'entraîne jusqu'à 3 fois par jour, 5 jours par semaine et ne court jamais le dimanche. "Il était capable de faire par exemple 25 X 200m avec le dernier en 22 secondes", raconte son fils Martin.

S'entraîner sans relâche
Pour Martin Keino, au départ son père n'était pas le meilleur. "Il a réalisé qu'il pourrait être bon après ses quelques expériences internationales, et sa cinquième place en 1964, aux JO. Il augmenta alors son entraînement et c'est comme ça qu'il est devenu fort.
Les gens disent que les coureurs comme mon père, et les autres coureurs kenyans gagnent parce qu'ils sont doués. Il n'y a aucun secret, tout ce qu'il y a c'est un travail dur, un entraînement très dur. C'est ce qu'a fait mon père, et c'est comme ça que les autres font."

Travailler la tactique de course
En plus de s'entraîner fort, Kip devient un fin tacticien, capable de partir vite, il pouvait aussi attendre et finir vite. Il lui arrivait - souvent sur un 1500m - de donner une violente accélération au second tour.
Pour Franck Shorter, champion olympique du marathon en 1976, "Kip a tout ce que les meilleurs ont, l'instinct de démoraliser l'adversaire quoi qu'il fasse, tout comme Peter Snell et Herb Elliott. Il créait une situation où ils étaient tous en train d'attendre ce qu'il allait faire. C'était comme si le coureur se disait "OK, quand est ce qu'il va démarrer et me battre".
Malgré de gros problème de santé (qui le forcent à l'abandon sur 10 000m) et un programme chargé (6 courses en 8 jours), il termine second sur 5000m (à 2 dixièmes du vainqueur, Gammoudi) et remporte une superbe victoire sur 1500m, réalisant par la même occasion son record personnel (3'34"9). Pour Whitfield, ce 1500m fut "la meilleure course qu'il ai couru."

Les années suivantes Keino s'entraîne toujours autant. Il parcourt les pistes du monde entier, améliore ses performances, reste invaincu, devient chamption Olympique du 3000m steeple en 1972.Il mit un terme à sa carrière de sportif en 1974.


2L'Homme

Tout au long de sa carrière Kip a su rester lui-même malgré son prestigieux palmarès. Pour Whitfield "il a toujours su rester humble après ses victoires, il est resté naturel. Il était toujours très respectueux"
Arthur Lydiard disait qu' "un des athlètes que j'admire le plus est Kip Keino qui était un vrai gentlemen, très intelligent, et un coureur brillant..."
Kip avait une certaine aura en course. "les gens le craignaient en course. C'était un mystère. Il y avait une aura d'invincibilité autour de lui" disait Shorter.
Toujours souriant, il disait lui-même qu'il courait parce qu'il prenait du plaisir à courir. Il arrivait à transmettre cette joie quand il courait.
Outre cette joie apparente, Kip imposait le respect envers ses adversaires.
"Kip était toujours très disponible, c'était une personne très gentille, presque un saint." disait de lui Marty Liquori.

Keino aurait pu vivre paisiblement sa retraite. Au lieu de cela, sa femme Phyllis et lui passent leur temps, leur énergie et leur argent à s'occuper d'enfants abandonnés, orphelins dans un orphelinat qu'ils ont crée au Kenya. Pour Billy Mills, champion Olympique en 1964 "si Kip n'avait pas gagné une course olympique, il aurait quand même été le plus grand athlète olympique de tous les temps pour ce qu'il a fait de sa vie."

La maison des enfants
Tout a commencé en 1964, le couple Keino accueille dans sa famille 3 enfants qui viennent de perdre leurs parents. Phyllis donnera naissance à sept enfants et le couple accueillera, s'occupera de nombreux autres enfants. Un premier orphelinat en bois est construit, pour accueillir 25 enfants. "Ma mère est morte à 3 ans, je veux que personne ne grandisse dans une telle situation, sans mère. Je ne peux aider tout le monde mais je fais tout ce qui est en mon possible. "
Au fur et à mesure des années, le nombre d'enfants qu'ils accueillent devient de plus en plus important, la famille Keino s'agrandit. A l'heure actuelle, l'orphelinat, ou plutôt "la maison des enfants "(telle est la traduction en anglais de " Children's home" ) comprend 89 enfants. Ce ne sont pas les 20000 dollars accumulés au cours des dernières années de sa carrière sportive qui font vivre les Keino. Mais cela lui a suffit pour acheter une ferme et construire sa première maison des enfants.
Au milieu des années 1970, il ouvre une boutique où l'on peut trouver des articles de sport, des cahiers d'école.. Cette boutique lui permet alors de gagner suffisamment d'argent pour nourrir sa grande famille, ceci en plus des produits de la ferme. En 1993, est crée la Baraka Farm, qui est passée depuis de 9 à 170 vaches. Cette ferme a été créée pour pouvoir assurer l'autonomie alimentaire de cette grande famille. Les Keino ne se contentent pas de les héberger et les nourrir, ils leur offrent une scolarité. "les enfants sont la grande chance de l'Afrique. En recevant une éducation, ils peuvent devenir les leaders de l'espérance". En 1998 est crée la "Kip Keino School" qui à l'heure actuelle peut accueillir 260 enfants, a 10 enseignants payés par le gouvernement Kenyan, et comprend une librairie, une salle informatique, une salle de musique, de science.
De nombreux projets sont en cours.

Kip Keino aime à montrer les photos de "ses" enfants ; "celui-ci est docteur à Nairobi, celle-là est comptable et à trois enfants, ces deux là sont policiers, tout ceux-ci sont à l'université."
Il n'a cependant pas oublié le sport, et à crée un centre d'entraînement, financé par le Comité International Olympique. Il lui arrive de temps en temps de participer à des courses, pour le plaisir de la course mais aussi pour récolter des fonds afin de continuer son action au Kenya.

Il a prit part à son premier marathon depuis 44 ans, en courant le marathon de Londres en avril 2002. "Bien que l'age me rattrape, j'avais envie de courir un marathon. Je n'ai jamais couru avec autant de gens, mais j'espère trouver des gens sympathiques avec qui courir cette journée. Courir vite n'est plus un objectif pour moi, je veux juste être sûr de finir la course et aider des gens de mon pays en récoltant de l'argent."

La carrière athlétique de Kip Keino a été grande, plus grande est la suite de sa vie.

Les créations de la "Kip Keino School " et de la Baraka Farm ont été notamment rendue possible grâce à l'action d'une association "Bread and Water for Africa", vous pouvez par vos dons aider cette association, en cliquant sur l'adresse suivante : http://www.africanrelief.org/kipchogekeino.html




Bibliographie indicative

Sandrock M. Runnings with the legends, Human Kinetics, 1996.
Bertrand G. Kenya, les coureurs du siècle, VO2 Diffusion, 1999.
http://www.sportshumanitarian.com/induction/kkeino.htm
http://www.oxfam.org.uk/whatnew/press/kipkeino.htm