Dans les années d'après guerre, l'émergence et la diffusion de l'intervall traning dans un contexte dominé par le fartleck suédois provoqua une querelle mondiale entre les "pro-natures" et les "pro-sciences". Si les pays de l'est de l'Europe adoptèrent sans retenues le procédé de Reindell et Gerschler, des pays comme la France restèrent fidèles au "naturalisme" venu de Suède. A cette époque, les reproches faits à l'entraînement par intervalles tournaient autour des thèmes suivants : la rudesse des efforts épuise les coureurs, la monotonie des entraînements ne favorise pas la motivation, la rigidité et le caractère restrictif du cadre - fixé uniquement sur la base de la physiologie cardiaque - vont à l'encontre de la prise en compte de la globalité de l'athlète, de ses capacités de compensation et d'adaptation. En outre, un entraînement basé exclusivement sur les intervalles produirait des athlètes présentant de grandes fluctuations de leur état de forme et une incapacité à changer d'allure en course.
De leur côté, les adeptes de l'interval training reprochaient les faits suivants au procédé suédois : il amène le coureur à ne faire que ce qu'il aime. En conséquence, il ne l'incite pas à se dépasser. il n'apprend pas la régularité d'allure il ne permet pas le contrôle de l'entraînement.
A cette querelle d'experts vint s'ajouter un procédé d'entraînement qui, sans être nouveau, a été remis à la mode dès les années 50 et s'est propagé dans certains pays dans le courant des années 60-70.
1950-1970 : une mode du lent venue d'Allemagne
Dans les années 50, alors que le combat science - nature battait son plein, un docteur allemand nommé Van Aaken vint compliquer la donne. En temps que médecin, Van Aaken se réclamait de la science. Or l'approche qu'il préconisait allait complètement à l'encontre de celle proposée par le courant, allemand également, de l'interval training. Selon lui, les données montraient que contrairement à ce qu'affirmait Reindell, c'est l'exercice physique modéré qui permettait d'améliorer le plus la fonction cardiaque. Pour Van Aaken , il fallait courir lentement c'est à dire à une fréquence cardiaque inférieure à 140 puls/min pour être performant. Selon lui, l'exercice lent et continu aurait une action plus lente certes mais finalement plus importante que l'intervalle sur une donnée essentielle de la performance : le volume d'éjection systolique du cur. Ayant une cavité plus grande, le cur enverrait plus de sang à chaque pulsation ; il serait plus performant.
Mais les avantages mis en avant par les défenseurs de ce type d'entraînement (parmi lesquels se trouvait le courant "Spriridon" relayé par l'école fédérale de gymnastique et de sport de Macolin en Suisse) vont bien au-delà de la seule fonction cardiaque. Selon eux, "l'endurance fondamentale" conduirait à : améliorer le rendement en course accroître l'activité des "ferments d'oxydation biologique" enrichir les cellules musculaires en potassium ce qui favoriserait leur potentiel énergétique multiplier la quantité d'hémoglobine et de myoglobine augmenter la capillarisation des fibres musculaires (irrigation sanguine accrue)
A l'inverse les intervalles provoqueraient : une contraction générale des muscles qui limite l'irrigation sanguine pendant l'effort. Cette baisse de capacité de transport du sang jusqu'aux cellules musculaires serait encore accentuée par un épaississement des fibres musculaires une activation de la formation d'acide lactique une fatigue des cellules musculaires par fuite du potassium un épuisement de l'organisme du fait d'une augmentation exponentielle de la consommation d'énergie En outre, après une progression rapide, les coureurs s'adonnant aux intervalles présentaient de grandes fluctuations de leur état de forme, les états d'euphorie sportive succédant aux contre-performances et aux fatigues répétées.
Certains arguments avancés auraient certainement pu avoir un impact important s'ils avaient pu être soumis à un débat constructif. Malheureusement, le temps était à la guerre des idéologies. Pour preuve cet "argument-massue" adapté d'un article publié par un adepte de l'entraînement en endurance. "L'expérience l'a prouvé, l'entraînement par intervalles sculpte son modèle sur le sable alors que l'entraînement à l'effort lent et prolongé bâtit sur un socle dur, solide et pratiquement inusable." Belle propagande, ne trouvez-vous pas ?
Dans la pratique, les athlètes devaient vérifier leurs pulsations afin de s'assurer de ne pas dépasser la dose prescrite et de ne jamais se retrouver en dette d'oxygène.
Etant donné qu'un organisme ne se réduit pas à un cur qui bat lentement, les pays, comme la France, dont une partie des entraîneurs a suivi le mouvement du lent, ont sacrifié une génération de coureurs sur "l'autel du 140".
Pour être plus complet sur les conditions de la pratique de l'endurance fondamentale, donnons quelques préceptes formulés par le docteur Van Aaken : "cours chaque jour, mais cours lentement" "cours beaucoup [ ] c'est le nombre de kilomètres qui est déterminant et non l'intensité" "cours à une allure qui ne soit jamais supérieure à celle de la compétition ou diminue l'intensité quand la fréquence du pouls dépasse 150." "Après une longue période de fond, cours également sur des 30 ou 40m mais avec de longues pauses de repos." "que ton entraînement se fasse comme un jeu, comme le font les enfants ou comme un sauvage qui court en pleine nature". "maintiens ton poids de corps de 6 à 8 kg en dessous de la normale" "ne t'arrête pas complètement si tu souffres de petites déchirures musculaires ou des ligaments, guéris les plutôt par des exercices fonctionnels de longue durée, mais modérés". "pratique pendant toute ton existence le travail de fond en tant que procédé permettant d'accéder à l'endurance biologique".
Finalement, l'opposition lent-intervalles ne semble qu'une redite de la rupture déjà abordée entre fartleck et intervalles.
Dans cette guerre des chefs, où chacun devait choisir son camp, certains entraîneurs ne rejetèrent ni un procédé ni l'autre. Ceux là surent tirer parti des avantages des différents types de travail. Parmi eux, se trouvait un entraîneur hongrois nommé Igloi.
7 1955 : un entraîneur hongrois nommé Igloi
4 athlètes pour 15 records du monde ! Tel pourrait être le titre de gloire de Mihail Igloi, entraîneur de course à pied au club d'athlétisme de Budapest.
Mais si nous parlons de Igloi, ce n'est pas tant pour saluer cette réussite peu ordinaire (auquel nous pourrions opposer les déboires qu'il connut lors de son "exil aux USA" qui suivi la période faste) que par le fait que son système intégrait deux points qui nous semblent essentiels. Premier point : Igloi ne rejeta aucun des procédés en vigueur à l'époque. Plutôt que choisir, il utilisa tous les moyens en sa possession. Ainsi, sa méthode d'entraînement se servait à la fois de l'interval training allemand et du fartleck suédois. La rigueur germanique s'exprimait par de nombreuses répétitions de courses séparées d'intervalles de récupération incomplète, par un contrôle du travail effectué et de la technique utilisée. L'approche suédoise se retrouvait notamment à travers le deuxième point. Deuxième point : Igloi proposait un entraînement adapté aux caractéristiques de l'athlète. Son propos était de partir des qualités dominantes du coureur afin de les solliciter au maximum. A un athlète rapide comme Roszavolgyi, il proposait des distances courtes répétées un grand nombre de fois. A un athlète possédant une grande volonté, endurant mais peu véloce comme Iharos, il fit faire des séances basées sur des répétitions longues mais moins nombreuses.
Dans les deux cas, l'entraînement deux fois par jour était de mise. Mihail Igloi fut, en effet, un des pionniers de l'entraînement bi-quotidien systématique.
La polyvalence des procédés utilisés par Igloi fut poussée plus encore dans une méthode d'entraînement mise au point par l'école polonaise.
8 1950-65 : les jeux de course polonais
Développés dans les années 50, les jeux de course polonais s'appuyaient sur un principe : pour parvenir à l'élite sportive dans n'importe quelle discipline athlétique, il convient de proposer un travail de mise en condition et de plasticité de l'ensemble du corps. Ce n'est qu'en s'appuyant sur une base solide et adaptable, qu'en étant rompu à divers exercices de course, de renforcement qu'un organisme peut parvenir à déployer tout son potentiel.
De cette opinion initiale découla le procédé dit des jeux de courses. Existants sous de nombreuses formes, applicables à des coureurs comme à des lanceurs ou des sauteurs, les jeux de course suivaient des principes communs : utiliser des exercices, des terrains variés sollicitant les grands groupes musculaires mis en uvre dans l'activité de compétition et induisant une gestuelle riche. L'objectif était de solliciter les capacités d'adaptation en sortant des exercices automatisés (travail de coordination ) rechercher la récupération dans le mouvement par une technique juste et un relâchement maximum (recherche d'une économie du geste notamment par l'intermédiaire d'une disponibilité et d'une souplesse articulaire élevées) favoriser la récupération par le trot, les exercices d'assouplissement, le contrôle de la respiration. prendre en compte les avantages des différents procédés d'entraînement parmi lesquels le fartleck (ressources du terrain), l'interval training (répétitions, possibilité de contrôle), la vitesse-technique (intensité de l'exercice, efficacité du geste)
Une séance type pouvait se décliner selon le modèle suivant : 1ère partie : échauffement en trois grandes phases :
1courses avec de nombreux exercices s'adressant à toutes les parties du corps et exécutés de manière progressive
2exercices d'accommodation, de coordination utilisant les ressources du terrain et destinés à obliger l'organisme à s'adapter en permanence sans possibilité de faire appel à ce qu'il sait (anti-automatisme)
3courses en côtes à une allure légère suivies d'étirements.
Exemples d'exercices : déroulé de pied, slalom, tours de bras en courant, sauts, pas chassés, fixés genou avec position haute du bassin 2ème partie : la vitesse. Plus que l'amélioration de la vélocité, l'objectif des exercices de la deuxième phase du jeu de course était de favoriser, une fois encore, la capacité d'adaptation gestuelle. Pour ce faire, le coureur devait aller vite tout en gardant une réserve de vitesse. Les terrains en légère descente étaient propices à l'atteinte d'une allure élevée sans travail musculaire exagéré. Le relâchement et la plasticité du geste trouvaient ainsi les conditions optimales de leur amélioration. Entre chaque course, l'objectif était de récupérer le plus rapidement possible. Pour ce faire, le trot était associé à des manuvres de relâchement réalisées en harmonie avec la respiration (expiration). 3ème partie : les courses en intervalles. Selon le type de jeu de course utilisé, elles pouvaient se décliner selon des volumes et des vitesses différentes. Le "petit jeu de course" utilisait préférentiellement des distances proches de 200m réalisées à une vitesse élevée. Si la majeure partie du parcours pouvait être en légère descente, il était recommandé d'utiliser des montées obligeant à des relances.
Exemple : 8 x 200m récupération 400m en trot Dans le "grand jeu ", les distances de courses étaient souvent comprises entre 400 et 1000m alors que le nombre de répétition pouvait atteindre 10. L'allure était proche de ce que nous avons appelé la vitesse maximale aérobie (allure 3000m). La récupération incomplète était réalisée de manière active (footing). Elle prenait fin lorsque la respiration s'était atténuée et que le besoin de repartir se faisait sentir.
Dans les deux cas, l'utilisation d'un terrain varié (côtes, dévers, irrégularités du sol) obligeait les coureurs à progresser en souplesse (mobilité des articulations des chevilles, des genoux et des hanches) leur permettant ainsi d'améliorer l'économie du geste. L'entraîneur Jan Mulak affirmait que dans un tel contexte, les coureurs puissants et peu souples s'amélioraient ou abandonnaient (in "l'entraînement à la course" de Raymond Chanon, 1970). 4ème partie : la récupération s'effectuait sur la base d'un footing léger, d'exercices d'étirements et de relâchement. Elle pouvait comprendre une course rapide mais relâchée sur une distance proche de 150-200m.
L'ensemble du travail durait généralement entre 1h15' et 2h.
Il est intéressant de constater qu'à l'époque des jeux de course, certains coureurs polonais ont excellé notamment dans la course du 3000m steeple (plusieurs records du monde entre 1955 et 1965). Peut-on établir un lien entre les qualités développées par ce type de travail et celles nécessaires à cette discipline ?
Si les entraîneurs polonais ont pu considérer qu'un corps doit être fort pour courir vite au même moment, un "mentor" australien a poussé l'idée de force à son paroxysme.
9 1955-1965 : l'Australie
de Cerruty
Percy Wells Cerruty est un personnage peu ordinaire. Venu tardivement à la course (à près de 50 ans), il s'appliqua un programme de vie destiné à lui permettre de renforcer sa fragile santé.
La réussite dans son engagement l'amena certainement à exacerber les valeurs qui le soutenaient.
Pour Cerruty, la grandeur de l'homme reposait dans le dépassement de soi, dans le dialogue incessant avec la souffrance. Ce dépassement, l'athlète devait le vivre en acte et en pensée. "Stotan" était son signe de ralliement : stoïque et spartiate (spartan). L'entraînement devait endurcir aussi bien l'âme que le corps. Ce n'est qu'à partir de cette base solide que de grandes performances spécialisées devenaient possibles.
Bien qu'il se réclamait de l'école naturelle suédoise, le système d'entraînement de Cerruty intégrait des procédés variés : un renforcement omniprésent grâce à la course sur buttes et collines ainsi que l'utilisation de musculation avec charges additionnelles lourdes ceci jusqu'à 3 fois par semaine. Selon lui, le coureur devait pouvoir porter 3 à 4 fois son propre poids. l'ascension et la descente de collines de longues courses en terrain varié (sable, herbe, collines) réalisées à allure constante ou changeante (parcours balisé ou type fartleck) des exercices de vitesse et de train par intervalles réalisés en nature ou sur la piste.
Opposé au mode de vie engendré par les sociétés modernes ; se posant comme lié à la nature, Cerruty s'inspira d'elle. Pour construire son entraînement, il étudia les méthodes des champions mais également la vie des animaux notamment ce qui concernait le style de course. Adepte du mouvement économique, il pensait l'obtenir en augmentant suffisamment la force des membres inférieurs de manière à permettre une augmentation de la longueur des foulées sans perte de fréquence. Le port de bras devait être bas, les mains accomplissant un mouvement vers l'arrière et le bas. Dans le même temps, les épaules devaient rester élevées de manière à favoriser la respiration. Selon lui, le défaut le plus commun du coureur à pied consistait à bloquer les coudes ou à immobiliser leur mouvement.
A Port-Sea, où se trouvait son "camp" d'entraînement (au sud de Melbourne), l'année s'organisait en 3 phases : 6 mois de mise en condition 3 mois de préparation 3 mois de compétitions
Le passage de la mise en condition à la préparation se faisait par une diminution de l'importance prise par les séances longues, une augmentation sévère du nombre de séances d'intervalles (entre 200m et plus de 1000m) et par une place accrue réservée à la musculation lourde. Si la majorité du travail était réalisée en nature, chaque semaine une séance se faisait sur piste.
L'ensemble était d'une difficulté extrême. Les athlètes de Cerruty pouvaient être amenés à réaliser près de 90 km de course et plusieurs unités de musculation en 3 jours.
A la fois virevoltant, dédaigneux, implacable, attiré par les honneurs, Perce Cerruty dut sa gloire à des coureurs comme Landy et surtout Elliott. Ce dernier se retira à 22 ans invaincu en course, champion olympique du 1500m, recordman du monde du 1500m et du Mile. Il déclara plus tard que la rudesse de l'entraînement ne fut pas sans peser sur sa décision d'arrêter aussi tôt la course à pied.
Au même moment et quasiment au même endroit se trouvait un autre entraîneur aux méthodes bien différentes.
de Stampfl
Alors que Cerruty se réclamait du fartleck suédois de Holmer, Stampfl avait élaboré un entraînement basé presque exclusivement sur l'interval training de Reindell et Gerschler.
Le système qu'il avait mis au point se caractérisait par une organisation et une rationalisation extrêmes. Il comprenait 5 périodes - cross, fartleck, intervalles, répétitions, spécifique -. Le passage d'une période à l'autre se faisait de manière progressive en jouant seulement sur un ou deux paramètres de la charge de travail. Pendant plusieurs mois, un athlète pouvait répéter, chaque semaine, la même séance dont seule la vitesse de course avait varié. L'organisation et la rationalité étaient telles que les entraînements pouvaient être devinés des semaines à l'avance. Le contrôle était tel que chaque section de course devait être accomplie au chronomètre afin de ne pas dévier de l'allure prévue.
Il est intéressant de constater que l'augmentation de l'intensité constituait le fil directeur du système de Stampfl. L'amélioration des capacités des coureurs avec l'entraînement et l'allongement des temps de récupération permettaient cet accroissement des vitesses de course. En augmentant les vitesses et les récupérations, Stampfl passait du procédé de course par intervalles aux procédés connus sous le nom de fractionné (ou de répétitions ; 4ème période) et de spécifique (dernière période de l'entraînement). Nous retrouverons ce dernier type d'entraînement lorsque nous parlerons des coureurs américains.
Le contrôle et l'organisation stricts de l'entraînement tranchaient avec l'attitude de Stampfl sur les conditions de vie des coureurs. Pour lui, la course ne devait occuper qu'une partie de la vie des athlètes. Il encourageait ceux-ci à l'ouverture sociale, à l'amusement, à la découverte d'autres centres d'intérêts.
Australien un moment immigré en Angleterre, Stampfl influença le trio anglais Bannister (1er homme sous les 4' au mile), Chataway, Brasher. Il exerça également une influence sur toute une génération de coureurs en publiant, en 1955, un ouvrage consacré à l'entraînement moderne de la course à pied.
Dans la même partie du monde, un autre entraîneur proposa un style de travail prévu à l'origine pour retrouver la forme.
10 1955-1965 : un entraîneur néo-zélandais : Arthur Lydiard
Devenu obèse après une carrière de rugbyman, Lydiard décida, dans les années 40, de courir pour perdre du poids. N'étant pas prêt à souffrir le martyre pour parvenir à ses fins, il entreprit de courir de plus en plus longtemps à des allures modérées. Sa pratique fit progressivement boule de neige. L'homme seul fut rejoint par quelques jeunes dont certains devinrent de grands champions (Snell, Halberg) et par une cohorte d'hommes et de femmes décidés à retrouver la ligne par la pratique de la course à pied. La mode du jogging convivial, s'adressant à tout le monde, était lancée. C'était le début des années 60.
Il va de soi que pour amener Snell à remporter 3 titres olympiques et à battre 4 records du monde, le seul jogging ne suffisait pas. Si le système d'entraînement de Lydiard s'appuyait effectivement sur un important travail d'endurance, il ne se limitait pas à cela.
Lydiard pensait que l'endurance était le meilleur moyen de supporter le travail ultérieur de résistance et de vitesse. L'organisation de ses programmes d'entraînement suivait cette logique. Elle comprenait 4 grandes phases de travail : 3 mois de cross : dans un premier temps, le coureur travaillait en durée accomplissant un volume important. Dans un second temps, il augmentait l'intensité grâce à des entraînements par intervalles. 2 mois de courses sur route : le schéma restait le même, mais la variété des terrains faisait place à une course plus régulière et plus rapide sur la route. Cette période a été diffusée sous le nom d'entraînement "type marathon". 1 mois et demi de courses rapides sur collines : Pendant cette période, l'intensité de l'entraînement atteignait son maximum. Dans une séance type, un coureur réalisait des montées de colline dans un style intermédiaire entre la course et le bondissement. Arrivé au sommet, il redescendait et réalisait des répétitions de courses courtes (50 à 300m). 3 mois de piste : dans cette phase terminale de l'entraînement, l'athlète s'habituait progressivement à courir aux allures de course. Pour ce faire, il utilisait de nombreux types de séances (interval training, endurance à la vitesse par des accélérations sur 50m et des récupérations sur la même distance, des courses plus rapides que la compétition sur des distances inférieures ou plus lentes sur des distances supérieures à l'épreuve ).
Nous voyons que ce système avait recours à de nombreux procédés d'entraînement : le footing lent comme première étape les variations d'allure de type fartleck (cross) la course en côte le travail de vitesse en répétitions l'interval training allemand le fractionné c'est à dire la répétition de courses entrecoupées de périodes de récupération assez importantes.
Ce dernier type d'entraînement, que nous retrouvons chez Stampfl, était particulièrement utilisé par des coureurs américains.
11 1965: le fractionné aux USA
Les conditions sociales, la vie dans les universités, les valeurs dominantes du pays ont contribué au fait qu'en dépit d'une réelle méthode unifiée, l'entraînement des coureurs américains utilisait particulièrement le procédé du fractionné.
Souvent confondu avec l'entraînement par intervalles, le fractionné en diffère par une récupération plus longue et une vitesse souvent plus soutenue. Il est vrai que les frontières séparant ces deux procédés sont extrêmement floues tant dans leur forme que dans leur histoire. Ainsi, une bonne partie de l'entraînement que Gerschler fit accomplir à Harbig relevait plus du fractionné (distances courtes - 200m réalisés à une vitesse très élevée 24") que de l'interval training (si vous voulez en savoir plus sur Harbig, cliquez ici).
Le couple temps de récupération - vitesse de course permet parfois de se faire une idée du procédé utilisé. Ainsi, au milieu des années 60, le quadruple recordman du monde Jim Ryun accomplissait des séances dont le volume total, allant jusqu'à 10-13 km, pouvait faire penser à de l'interval training mais dont les récupérations (3' pour des 400m, 5' pour des 800m) s'apparentaient à du travail de répétitions ou de fractions.
Signalons que nous proposons une approche plus rigoureuse des termes et des définitions de ces procédés dans la page consacrée à la terminologie de l'entraînement.
Pour en finir avec les systèmes d'entraînement, passons d'un bloc politique à l'autre ; allons des USA à l'union soviétique.
12 1970- 1980 : l'organisation soviétique
Ne cherchons pas un procédé unique d'entraînement du côté de l'ex URSS, les Soviétiques faisaient de tout. Ils utilisaient : le footing en volume pour établir une base aérobie. l'interval training en quantité pour asseoir les dispositions à utiliser l'oxygène l'interval training en qualité pour progresser vers des allures plus élevées du fractionné pour s'approcher des conditions de compétition de la vitesse prolongée (résistance) ou courte ; des exercices de relâchement et de survitesse de nombreuses unités de renforcement musculaire de la technique de course des exercices destinés à favoriser la récupération (relaxation )
Au milieu des années 70-80, la quantité d'entraînement est devenue faramineuse. Des programmes comprenant trois entraînements par jour et des kilométrages hebdomadaires supérieurs à 300 km ont été rapportés. Pourtant, après une période d'inflation, la quantité d'entraînement a été revue à la baisse. Des volumes importants conduisaient, en effet, à un accroissement des blessures bien supérieur à l'augmentation du niveau sportif des athlètes.
A cette époque, le sport était, pour tous les pays du bloc de l'Est un enjeu d'état. Ce statut autorisait les acteurs à mettre en uvre tous les moyens, licites ou non, pour amener leurs athlètes au plus haut niveau de performance. Si l'on se cantonne au plan sportif, nous pouvons remarquer plusieurs points : des personnes possédant des compétences complémentaires travaillaient au domaine du sport : entraîneurs, scientifiques, médecins, techniciens des conditions matérielles exceptionnelles étaient réservées aux centres d'entraînements (systèmes de mesures, pistes couvertes, lieux reconstituant les conditions de l'altitude )
Le contrôle de l'entraînement était poussé ; les mesures et modélisations de l'exercice systématiques. De cette organisation a émergé un modèle d'entraînement basé sur le principe de surcompensation. Nous rapportons ce système dans le secteur tout sur l'entraînement.
La modélisation de l'adaptation de l'organisme à l'entraînement, la dynamique des procédés qui en découle, la terminologie adoptée sont autant de données qui exercent une influence de tout premier ordre sur nos méthodes d'entraînement actuelles.