histoire(s) de courses - des histoires... - Sebastian Coe
   

Sebastian et Peter Coe


Dans les années 80, le demi-fond mondial était dominé par les coureurs anglais. Sébastian Coe, Steve Ovett, puis Steve Cram trustèrent les premières places et les records.
Outre ses nombreux records du monde, Sebastian Coe fut quatre fois médaillé aux JO en 80 et 84, avec à chaque fois une médaille d'or sur 1500m et une d'argent sur 800m.
Le palmarès de Sebastian fut le fruit d'une étroite collaboration avec son entraîneur. Mais dans le cas présent, l'entraîneur de Sébastien fut son père, Peter Coe. Cette spécificité père-fils est un fait rare dans l'athlétisme de haut-niveau.

Un couple athlète-entraîneur atypique

Sebastian participe à sa première course à l'âge de 14ans. Bien que novice en matière d'entraînement en course à pied Peter est vite conscient des capacités de son fils. Ne trouvant pas de "méthode" d'entraînement lui convenant, il décide de se pencher sur la question. Ingénieur de formation et presque novice en athlétisme, Peter va au contact de gens experts en la matière, il lit des sommes d'articles et d'ouvrages traitant du sujet et arrive finalement à une simple conclusion : "je peux entraîner aussi bien que ces gars là".

Une longue collaboration allait commencer. Une collaboration rendue possible par les personnalités respectives de Peter et Sebastian et par les rapports que les deux hommes entretenaient.
Pour Angela Coe - la mère de Sebastian - celui-ci " était le seul des quatre enfants à pouvoir accepter d'avoir son père derrière lui. Ceci parce qu'il était décidé à obtenir ce qu'il voulait".

Il y avait entre les deux hommes un énorme respect. Pour David Martin, un ami de la famille "Seb respectait son père parce que son père travaillait beaucoup pour que ça marche. Et son père respectait énormément Seb parce que celui-ci travaillait énormément aussi pour que ça marche !" Ils avaient en quelque sorte établit un pacte. Seb voulait être le meilleur possible et son père voulait qu'il soit le meilleur aussi.."
Toujours selon Martin, les deux personnes entretenaient une relation spéciale. "Les deux étaient capables, une fois l'entraînement fini, de mettre de côté cette relation entraîneur-athlète. Une fois la piste quittée ils redevenaient père et fils." Dans le cercle familial, ils ne parlaient jamais de la dernière séance d'entraînement, l'athlétisme était mis de coté. De plus, tout au long de sa carrière et notamment à ses débuts Peter insista beaucoup sur l'importance des études par rapport à la course. Pour lui, l'école était plus importante que la course. A ceux qui disaient que Seb était plus l'athlète que le fils de Peter, ce dernier répondait qu'il était un "entraîneur qui orientait" et non un "entraîneur dirigiste". "Sa force est sa discipline disait Peter, et vous devez être courageux pour être discipliné, et ne pas être un automate".
Seb avait une totale confiance en son père, "je peux compter sur lui à 100%, je l'aimerai même si ce n'était pas mon père."

Une planification à long terme..

Cette relation atypique qu'il avait avec son athlète de fils permit à Peter de programmer un entraînement minutieux et précis. A 15 ans , lorsqu'il remporta les championnats du Yorkshire, Peter établit les bases d'un plan qui amènerait Seb à moins de 3'30 au 1500m et lui permettrait de remporter l'or aux JO en 1980...Dans cette vision à long terme il avait aussi prédit que le record du monde du 800 se situerait dans les années 80-81 à moins de 1'43, et celui du mile à moins de 3'48". Ces prévisions étaient étonnantes, d'une part parce qu'elles s'avéraient par la suite exactes, et d'autre part parce qu'elles émanaient d'un homme qui jusque là était novice en matière de course à pied et d'entraînement.
Pour Martin, " rien de ce que faisait Peter et Sebastian n'était fait au hasard, Peter réussissait précisément parce qu'il ne connaissait rien de ce sport quand Seb commença à courir. Ainsi il n'était pas limité par des notions préconçues sur ce qu'un jeune devait ou ne devrait pas faire. Il n'y avait pas de barrière pour Peter. Sebastian disait que son père n'avait aucune idée combien c'était dur d'enchaîner des 400 en 1 minute ou de répéter des 800 en 1'55".
Ceci n'a bien sur pas empêché Sebastian d'atteindre le haut niveau et d'y rester plusieurs années. Tout au long de sa carrière et ce depuis sa participation aux championnats d'Europe Juniors jusqu'à sa retraite, Sébastien a toujours été prêt pour être fort en juin juillet, période des grands championnats.
Martin décrivait l'entraînement de Seb comme "un voyage à travers un long tunnel d'entraînement et de travail où le seul intérêt à la sortie était d'être fort en juillet et août. Arriver au sommet était pour lui son objectif premier".

L'organisation annuelle de l'entraînement de Seb était toujours la même et découlait en quelque sorte de sa vision du 800m.
Pour Peter, le 800 était la succession de deux 400m. Le premier se fait de manière beaucoup plus aérobie que le second et le second beaucoup plus anaérobie que le premier. Par rapport à cette notion, "le secret de la course est d'avoir la plus grosse capacité aérobie possible, de telle façon à ce que la filière anaérobie intervienne le plus tard possible."

Période de régénération
Octobre était une période de régénération, de remise en forme.
Période de préparation de base
De novembre à mars-avril, période de préparation dite "de base", surnommée par Martin "le purgatoire de l'entraînement " Coe travaillait particulièrement le développement du système aérobie et la musculation. Il reprenait ensuite un travail de vitesse et ce jusqu'à l'été.
Période estivale
Au mois de mai, l'entraînement basculait sur un travail anaérobie plus important. De trois entraînements de musculation par semaine il passait a deux, alors que le nombre de séances à allure de course élevée et réalisées sur piste augmentaient.
Période de compétition
Avant les grands rendez vous de l'été, le travail consistait en un maintien de la forme. La récupération avait alors une grande importance. Sebastian passait de 90 à 50km/semaine, et se "sentait alors aussi léger qu'une plume" sur la piste. Lors de ces phases, le kilométrage était faible mais avec une "incroyable qualité" disait Martin. Par exemple 6 X 800 en 1'52 de moyenne avec le dernier en 1'49.

Du moment qu'elle donnait satisfaction, cette conception de l'entraînement ne changeait guère ; "si ça marche, on ne change rien" telle était leur attitude. "De cette manière vous ne trouverez jamais Coe faire des choses comme aller en altitude par exemple" disait Martin.

La qualité d'abord

"La vie est trop courte, tout ce que tu fais doit avoir un sens". Telle état la devise de Peter et de Seb. De manière générale, la qualité était le maître mot de l'entraînement selon les Coe. "Plutôt que de courir 160 à 200 km/ semaine comme beaucoup de coureurs le font, Seb courait entre 95 et 110 km/semaine et ce à des allures bien précises." "L'endurance t'amènera à la ligne d'arrivée, mais la vitesse t'y amènera le premier !"

La musculation

Seb Coe était quelqu'un de très fin d'un point de vue de la morphologie mais avec une grande puissance musculaire au niveau des jambes. La musculation avait une place importante dans son entraînement. Celle-ci prenait des formes diverses (côtes, séance avec barres..)
6 principes organisaient l'entraînement en musculation :
S'entraîner régulièrement
Entraîner les groupes musculaires qui ont le plus besoin de conditionnement et qui sont les plus importants dans le course
Assurer un équilibre musculaire en entraîner les muscles agonistes et antagonistes
Accroître progressivement les sollicitations
Travailler les muscles dans la totalité du mouvement
Laisser un temps adéquat entre les sessions d'entraînement pour la récupération et pour qu'une adaptation physiologique puisse se faire.

La technique

Cette musculation était très liée à un travail de coordination et de fréquence gestuelle. La coordination était travaillée notamment en faisant beaucoup de circuit training (forme de travail qui permettait également de développer la résistance) et en faisant tout au long de l'hiver beaucoup de gymnastique. Ils avaient mis en place un circuit fait de bancs, chaises, tables basses qui permettait de faire des demi squats, du renforcement des cuisses. S'ajoutait à cela tout un travail d'étirements. L'intérêt de ce circuit - outre celui lié à la musculation - était qu'il était facile à mettre en place (du fait du matériel qu'il nécessitait) lorsque Seb voyageait.

Ce travail de musculation et de coordination a aider Sebastian à avoir un style à la fois puissant et relâché. Pour Franck Shorter, "il était très fluide avec une bonne accélération. Sa vitesse terminale était très bonne. Seb est un coureur léger et puissant, il a la force et la puissance de Snell".
Tout ceci lui donnait une certaine aisance en course. Lors d'une séance d'entraînement , Kenny Moore - un très bon coureur de l'époque - raconte qu'ils faisaient des 200m ensemble, en 29" puis Coe s'est mis a accélérer progressivement pour les tourner en 25". "rien hormis le chronomètre n'indiquait que Coe tournait en 25", il paraissait les faire sans effort".
Ce travail de relâchement a été travaillé par Sebastian. A ses débuts , Seb courait les épaules très contractées, avec beaucoup de mouvement parasites. Ce relâchement dans l'effort (et surtout en fin de course) est devenu la caractéristique du style chez Sebastian. A l'heure actuelle peu de coureurs de haut-niveau possèdent cet atout. Wilson Kipketer l'actuel recordman du monde du 800m possède cette faculté d'allier puissance et relâchement en fin de course.

La tactique

Outre la physiologie et la technique, Peter et Sebastian ont beaucoup travaillé la tactique de course. Ils ont étudié toutes les courses des adversaires de Sebastian, pour voir quelles stratégies ils avaient. La question qu'ils se posaient était "comment peut-on s'entraîner de manière à faire face à leur stratégie ?" Le principe qui en ressorti fut de dire "qu'il fallait être capable de résister un tout petit peu plus que son adversaire. Par exemple si on savait que Cram attaquait à 600m de l'arrivée, il fallait que Seb attaque à 601m."

Physiologie, technique de course, tactique de course ont permit à Sebastian Coe de devenir un des plus grands coureurs de demi fond de cette fin de 20ème siècle, collectionnant les records du monde, les médailles internationales. Ces titres sont le fruit d'une étroite collaboration entre Sebastian et son entraîneur de père. Pour Steve Ovett, l'éternel rival (sur la pise) de Sebastian, la suprématie mondiale à l'époque des coureurs de demi fond anglais (Ovett, Cram, Coe.) était le fait d'hommes qui s'entraînaient très dur : "vous avez juste à aller dehors et à vous entraîner durement". Cette vision est quelque peu réductrice mais elle rejoint les paroles de Martin Keino qui parlant de son père, disait de lui que s'il avait réussit ce n'était pas parce qu'il était kenyan, mais parce que tout simplement il s'entraînait beaucoup.

Après sa brillante carrière d'athlète, Sebastian en entama une autre, dans la politique cette fois-ci. Il devint député en 1992. Encore actuellement, il continue de courir assez régulièrement et réalise moins de 3h au marathon.




Bibliographie indicative

Michael Sandrock, running with the legends, ed Human Kinetics, 1996.


 

 



Sebastian Coe : dossard 359