Dans ce mag Volodalen on se demande si nous sommes nés pour courir. On questionne aussi l'idée selon laquelle la gazelle a appris à courir vite pour échapper au guépard. Les textes sont plus longs qu'à l'accoutumée. Mais beaucoup moins que le temps qui a fait de nous cet extraordinaire coureur d'endurance qui s'est oublié avant de se retrouver pas après pas, sur les pistes du Mont Blanc ou d’ailleurs.
Peut-être avez-vous regardé le documentaire "Sommes-nous faits pour courir" diffusé ces derniers jours sur Arte. Ou alors êtes-vous tombés sur le reportage proposé dans le magazine de la santé (France 5) sur l'étude de Guillaume Millet and co lors de l'Ultra Trail du Mont Blanc. Si vous préférez la lecture vous avez sûrement dévoré l'édition française du bestseller de Christopher McDougall "Born to Run". A chaque fois, une question lancinante titille nos neurones : "Sommes-nous faits pour courir ?". Ici on apprend que notre cerveau fatigue plus que nos muscles lorsqu'on court des heures durant. Là on nous dit que nous sommes une espèce hyper adaptée à la course d'endurance. Comme si courir était consubstantiel à l'Homme. Une étude ambitieuse montre que les stress occasionnés par une course de 4500km à travers l'Europe sont loin d'être anodins. Mais "le corps est capable de s'adapter à des charges d'endurance incroyables, et peut fonctionner bien au-delà d'un marathon par jour". 2.5 millions d'années ont fait d'un grand singe devenu bipède, un coureur exceptionnel capable d'enchaîner les kilomètres et les cols presque sans se poser de questions. "Courir avant même de penser". Comme pour trouver à nouveau un trésor que le corps a gardé en héritage. Les coureurs des temps modernes ont ceci de délicieux qu'ils découvrent leurs extraordinaires capacités d'endurance et les partagent avec leurs compagnons de course, au moment même où ils n'en ont plus besoin.
"Et voici que nous découvrons avec surprise qu'il est des conditions mystérieuses qui nous fertilisent. […] Nous, les fils de l'âge du confort, nous ressentons un inexplicable bien-être à partager nos derniers vivres dans le désert. Que nous fallait-il pour naître à la vie ? Nous frotter à plus grand que nous […]. N'essayez pas d'expliquer à un Mermoz qui plonge vers le versant chilien des Andes avec sa victoire dans le coeur, qu'il s'est trompé, qu'une lettre, de marchand peut-être, ne valait pas le risque de sa vie. Mermoz rira de vous. La vérité, c'est l'homme qui est né en lui quand il passait les Andes. (St Exupéry)
Ne vous étonnez pas ; celui qui ne soupçonnait point l'inconnu endormi en lui, mais l'a senti se réveiller, une fois, à la Tête aux vents ou à Catogne, à cause du sacrifice et de l'entraide, celui-là ne connaîtra plus qu'une vérité : la vérité des coureurs d'ultra.
Références : Ultramarathon is an outstanding model for the study of adaptive responses to extreme load and stress. Millet GP, Millet GY. BMC Med. 2012 Jul 19;10:77. Born to run. Studying the limits of human performance. Andrew Murray, Ricardo JS Costa BMC Med 2012, 10:75
Passe la betterave
Ces dernières années, la betterave est subitement passée de met commun à celui beaucoup plus envieux de produit de l'effort. Il faut dire que la tradition reconnait les bienfaits de la betterave sur la digestion ou encore la tension artérielle. Mais de la tradition à la démonstration scientifique il y a un pas et parfois même un fossé. Les chercheurs de l'université d'Exeter l'ont allègrement franchit en montrant que la consommation de jus de betteraves quelques heures avant l'effort, améliorait les performances de cyclistes lors d'une compétition simulée. L'explication tiendrait à la présence massive de nitrates qui amélioreraient le coût énergétique. Depuis, les chercheurs britanniques ont remis le couvert et le jus de betterave est devenu un must pour qui souhaite améliorer ses performances sportives. On en oublierait presque les risques inhérents à une surconsommation de betteraves (problèmes digestifs, urines rouges...). On oublierait aussi l'étude qui sort tout juste des cartons (août 2012) et montre que le jus de betterave ne présente aucun avantage sur les performances et sur le coût énergétique de sportifs d'élite. Les études commencent à peine ; ne nous bâfrons pas de betteraves, au risque de déchanter.
Référence : Dietary Nitrate Does Not Enhance Running Performance in Elite Cross-country Skiers. Peacock O, Tjonna AE, James P, Wisloff U, Welde B, Bohlke N, Smith A, Stokes K, Cook C, Sandbakk O. Med Sci Sports Exerc. 2012.
L'histoire de la gazelle et du guépard
Quand on tente de comprendre l'évolution "naturelle" de la vitesse de course des espèces vivantes, on pense de facto au modèle "proie – prédateur". Vous savez la gazelle qui court de plus en plus vite pour échapper au guépard contraint d'améliorer sa vitesse de course ce qui induit de fait une vitesse plus grande chez la gazelle en lutte pour sa survie. Ce système sans fin d'une coévolution des qualités de vitesse dans une "lutte à deux" est usuel et fort. Malheureusement il est faux ! Du moins si l'on en croit les conclusions d'une étude publiée dans la très sérieuse revue "Nature".
Les chercheurs ont comparé les effets de la prédation (proie – prédateur) et de la compétition à l'intérieur de l'espèce (compétition des individus entre eux pour accéder aux ressources) sur l'évolution de lézards. Résultat, la prédation tombe à l'eau. Elle ne modifie pas les corps et les qualités des lézards. En revanche, l'augmentation de la densité de la population de lézards (donc de la compétition entre eux) améliore la survie des lézards plus grands disposant de pattes plus longues et d'une course plus rapide.
Cette étude n'est pas la première à montrer que le devenir d'une espèce repose avant tout sur les pressions inhérentes à l'environnement et aux autres individus de l'espèce. N'en déplaise au fameux modèle du prédateur qui court après la proie et l'oblige à s'améliorer ou à mourir. La puissance de l'image ne dit pas sa véracité.
Certains utiliseront ces résultats pour soutenir que la meilleure manière de progresser en course d'endurance est encore de se confronter durablement aux meilleurs donc aux athlètes d'Afrique de l'Est. Ont-ils raison, ont-ils tord d'oser le grand saut entre "lézards coureurs" et "coureurs qui jamais ne lézardent" ? On vous laisse prendre position.
Référence : experimentally assessing the relative importance of predation and competition as agents of selection. Calsbeek R, Cox RM. Nature. 2010 3;465(7298):613-6.
Bienvenue aux graisses
On sait tous ce qu'il convient de manger avant une course : des pâtes, des pâtes et des pâtes. Ce régime permettrait d'augmenter les stocks musculaires de sucres et ainsi de minimiser les risques de tomber en "panne de carburant". Le décor est planté depuis près de 50 ans. Mais vous savez quoi ? Cette connaissance commence à vaciller ; comme les autres !
Une équipe japonaise a demandé à des coureurs de tenir le plus longtemps possible à une allure de footing moyen après avoir suivi 3 jours de régime à haute densité de sucres suivis d’un dernier repas composé dans la même veine (repas sucres) ou d’une quantité importante de graisses (repas graisses).
Aussi étonnant que cela puisse paraître, les sportifs soutenaient l'effort plus longtemps après le "repas graisses" qu'après le "repas sucres". Ce meilleur résultat était associé à une utilisation plus importante des graisses à l'effort. Autrement dit manger plus de graisses avant l'effort permet d'utiliser plus de graisses pendant la course et finalement d'améliorer sa performance.
Ce résultat ébranle la vision traditionnelle selon laquelle il faudrait se gaver de sucres avant une course. Toutefois, il convient de rester prudent pour plusieurs raisons. Tout d'abord les risques de troubles de la digestion ne semblent pas nuls tant on sait que les personnes non habituées à manger gras peuvent se retrouver gênées lors de l’effort qui suit. D'autant plus que la digestion des graisses est plus ardue que celle des sucres. Rappelons ensuite que le "repas graisses" était précédé de 3 jours de "régime sucres". Autrement dit, les sucres restaient présents avant la course. Remarquons enfin que la vitesse de course n'était pas lente sans être non plus très rapide. Le résultat pourrait être fort différent pour des distances courtes (5-10 km) qui dépendent davantage de l'utilisation des sucres.
Les habitudes alimentaires des personnes et des peuplades semblent diverses sans que l'on puisse définitivement affirmer la supériorité d'un bol alimentaire sur l'autre lorsqu'il s'agit d'établir des performances en endurance. Certains peuples se nourrissent principalement de graisses depuis longtemps. Leur corps sait les utiliser sans soucis physique ni contre-performances. On peut en dire de même du sucre, du lait et de quelque aliment usuel depuis des générations pour les uns, extraordinaire pour les autres. Notre histoire, celle de nos ancêtres et les caractéristiques de notre corps pourraient primer sur les soi-disant avantages et inconvénients des aliments que nous mangeons.
Référence : Significant effect of a pre-exercise high-fat meal after a 3-day high-carbohydrate diet on enduranceperformance. Murakami I, Sakuragi T, Uemura H, Maeda H, Shindo M, Tanaka H. Nutrients. 2012 Jul;4(7):625-37.
Je cours pour ma forme
La course à pied est un plaisir, un bien-être, votre forme au quotidien. Ou peut-être souhaitez-vous qu'elle le soit ? Le livre "Je cours pour ma forme" vous donne les clés pour courir sereinement et en bonne santé. Ses vingt chapitres parlent de manière accessible de course à pied, de douceur et de convivialité. Que courir soit un plaisir et un nouveau rapport à soi.
Cet ouvrage aborde les bienfaits de l'exercice sur le corps et la tête ; la motivation pour courir ; la foulée ; les programmes de course : objectif 5 km, 10 km, 21 km ; le renforcement musculaire à la maison ; les étirements ; récupérer ; se relaxer ; les blessures ; manger et sourire : diététique sympathique. Soit un total de 20 chapitres en 240 pages et plusieurs centaines d'illustrations 3D.
Ce livre témoigne d'un nouvel engouement pour la joie de bouger. Il s'adresse à toutes celles et ceux qui vivent la course à pied et l'exercice physique comme un plaisir, une source d'équilibre et de bien-être. Accessibles à tous, débutants et confirmés, ses connaissances serviront de référence aux personnes impliquées dans le sport santé et bien-être.
"Je cours pour ma forme" est également un programme de mise en condition physique par la course à pied, en collaboration avec le magazine Zatopek.
Le laboratoire Volodalen
Volodalen réalise des test de produits et de pratiques de terrain susceptibles de faire le lien entre les connaissances et le quotidien de l'entraînement. Retrouvez ce trimestre les deux thèmes suivants :
Tapis roulant et course en extérieur
On ne sait pas vraiment si courir sur un tapis équivaut à courir en extérieur. Le laboratoire Volodalen apporte une réponse.
Minimalisme
S'il est une question qui divise actuellement le microcosme de la course à pied, c'est bien celle du minimalisme. Retrouvez dans le laboratoire les premières conclusions d’une étude menée à l’Université de Franche-Comté.