Doit-on préférer des gels énergétiques ou des produits plus "nature" ? Faut-il faire confiance au bon sens pour gérer sa préparation sportive ou s'en remettre aux avancées technologiques ? Un mag de printemps entre tradition et modernité.
Des traces de stéroïdes anabolisants ont été trouvées dans des échantillons de cheveux d'athlètes, de cyclistes, de footballeurs et de rugbymen français. Cette annonce de l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) a fait grand bruit. Il faut dire que des traces de DHEA et de testostérone ont été trouvées chez 16% des sportifs testés alors que les contrôles habituels commandités par l'Agence Française détectent moins de 3% de sportifs dopés. Contrairement aux présupposés, le sport le plus touché n'était pas le cyclisme mais le football (22% de cas positifs). Le cyclisme professionnel était d'ailleurs le sport le moins touché avec seulement 10.8% d'échantillons positifs. A titre de comparaison, en Angleterre le pourcentage d'échantillons de cheveux testés positifs dans le milieu du travail avoisine les 10 %. Un travailleur anglais sur 10 utilise des substances comme le cannabis, la cocaïne, l'ecstasy ou encore les anxiolytiques. La société serait-elle à l'image du sport ou le sport à l'image de la société ?
Référence : Dépêche AFP, 18 mars 2009. Patterns in drug use in the United Kingdom as revealed through analysis of hair in a large population sample. Tsanaclis L , Wicks JF . Forensic Sci Int. 2007;170(2-3).
Sucrez vos entraînements
Chaque sportif connait l'importance de l'ingestion de glucides sur la performance physique. La présence de sucre est indispensable pour assurer l'efficacité et la continuité de la contraction musculaire. Mais quels apports le coureur doit-il favoriser avant, pendant et après la course ? Doit-il préférer des gels énergétiques ou des produits plus "nature" comme les fruits secs ? Récupère-t-il plus rapidement en buvant une boisson d'effort où en dégustant un bon chocolat chaud à la terrasse d'un café ? Les réponses à ces questions sont souvent étonnantes. Plus encore quand on apprend que pour bénéficier de l'effet du sucre, il n'est pas toujours indispensable de l'avaler !
Gel énergétique ou raisin sec ?
En 2007, une équipe de l'université de San Diego (USA) a montré que l'ingestion de raisins secs ou de gel énergétique avant une épreuve d'endurance ne changeait rien à la performance finale. Les chercheurs concluent sans ambages que le raisin est une source d'énergie efficace et moins coûteuse que le gel d'effort.
Boisson de l'effort ou chocolat chaud ?
Passons des Etats-Unis au Royaume-Uni pour apprendre qu'après un premier effort épuisant, un chocolat chaud améliore le temps de maintien de près de 50 % lors d'un second effort comparativement à deux boissons d'effort vendues dans le commerce.
Avec le raisin et le chocolat chaud, nous sommes loin des avancées technologiques supposées apporter un avantage décisif au sportif. Ceci ne doit pas pour autant nous conduire à jeter le bébé avec l'eau du bain. Ne serait-ce que par leur côté pratique, les produits de l'effort continuent de présenter un intérêt.
Sucre ou placebo ?
Restons chez nos amis anglais pour apprendre que le sucre qui rend fort est aussi dans nos têtes. Les chercheurs d'outre-Manche ont demandé à des sportifs de réaliser une performance avec en bouche, une solution contenant du sucre ou un édulcorant destiné à imiter le goût et la douceur du sucre. Les sportifs n'ingéraient toutefois pas la dite solution. Et pourtant… Avec le sucre en bouche, les sportifs amélioraient leur performance (gain de 1 à 2 minutes sur un effort de 60 minutes). Ce gain allait de paire avec l'activation de diverses régions du cerveau (striatum…) non activées lors de l'effort entrepris avec l'édulcorant.
Ce résultat conforte l'idée développée par le physiologiste Tim Noakes, selon laquelle pendant l'effort, le cerveau intervient comme régulateur central des performances. En bref, des informations (comme celle signalant la présence d'hydrates de carbone en bouche) remontent directement au cerveau qui les intègre et répond sous forme d'impulsions plus ou moins grandes à agir.
Au niveau des performances sportives, nous sommes décidemment en train de passer de l'ère énergétique à l'ère cérébrale et génétique. Un simple goût de sucre ou d'aspartame en bouche nous permet d'assister à ce que les scientifiques appellent un changement de paradigme, soit pour chacun de nous, une autre manière de regarder et de comprendre ce corps et cette tête qui aiment tant savourer un bon chocolat chaud sur la terrasse d'un café.
Référence : Metabolic and Performance Effects of Raisins Versus Sports Gel as Pre-Exercise Feedings in Cyclists. J Strength Cond Res. 2007;21(4):1204-1207. Kern M, Heslin CJ, Rezende RS. Improved endurance capacity following chocolate milk consumption compared with 2 commercially available sport drinks. Thomas K , Morris P , Stevenson E . Appl Physiol Nutr Metab. 2009;34(1):78-82. Carbohydrate sensing in the human mouth: effects on exercise performance and brain activity. Chambers ES , Bridge MW , Jones DA . J Physiol. 2009.
Bien manger, bien boire, se reposer
Le suivi d'athlètes en préparation olympique montre que manger et boire suffisamment tout en prenant soin de se reposer est la meilleure méthode pour optimiser la récupération des sportifs. Le bon sens (quand on est fatigué on se repose) associé à la participation volontaire de l'athlète apparaissent donc comme des "techniques de pointe" dans la préparation sportive. Ceci dit nous pouvons toujours discuter de l'intérêt sportif des massages, des bains froids ou chauds, du yoga, des étirements, de l'utilisation des questionnaires, des marqueurs biologiques…
Référence : Fatigue management in the preparation of Olympic athletes. Robson-Ansley PJ, Gleeson M, Ansley L. J Sports Sci. 2009;16:1-12