Pour être un coureur performant faut-il être né ou entraîné ? Devant la somme de pesticides utilisée par les producteurs de fruits et légumes, devons-nous respecter la formule des "cinq fruits et légumes par jour" ? Deux questions parmi celles effleurées par ce mag Volodalen d'un automne sans nuages.
Le fénitrothion est un insecticide utilisé notamment dans la lutte contre l'épidémie de chikungunya, qui a sévi en 2005-2006 sur l'ile de la Réunion. Aux côtés des 500 substances potentiellement présentes dans les pesticides, le fénitrothion est également utilisé dans la lutte contre les "organismes nuisibles" partout dans le monde. Des résidus de ces pesticides sont retrouvés dans 45 % des fruits et légumes que nous mangeons. 100 % des femmes espagnoles enceintes ont au moins un pesticide dans leur placenta. L'impact sur la santé et les performances d'une telle accumulation de pesticides est encore débattu et en partie inconnu. Dans le domaine de l'endurance, une étude publiée ces dernières semaines lève un peu le voile. Des marsupiaux ont été exposés au fénitrothion avant un effort d'endurance. Comparés aux animaux sains, les animaux exposés ont vu leur endurance (temps d'effort) divisé par deux. La perte des capacités d'endurance était toujours présente cinq jours après l'exposition au fénitrothion. Les scientifiques ne peuvent expliquer convenablement une telle chute de l'endurance. Ils ont toutefois constaté que le pesticide n'inférait pas sur la consommation d'oxygène des animaux. Selon une étude publiée en 2006, trois français sur quatre se déclarent inquiets de l'impact des pesticides sur leur santé. Trois français sur quatre ! Et combien de coureurs inquiets pour leurs performances ?
Référence : Fenitrothion, an organophosphate, affects running endurance but not aerobic capacity in fat-tailed dunnarts (Sminthopsis crassicaudata). Buttemer WA , Story PG , Fildes KJ , Baudinette RV , Astheimer LB . Chemosphere. 2008;72(9):1315-20.
Formule pour gagner 8'30" au marathon
Accordez-vous quatre semaines de vacances à la montage (altitude 1500 à 2500 m ). Quand l'heure de l'entraînement approche, prenez votre voiture et descendez vous entraîner au niveau de la mer. Immédiatement après la séance, remontez vers les sommets. Vivre haut, s'entraîner bas ! Telle est pour Ben Levine, le meilleur moyen d'utiliser l'altitude. Bien sûr la formule pose quelques problèmes pratiques. Où trouver un lieu de vacances qui permettent de descendre puis de remonter facilement 1000 à 2000 m de dénivelé ? Vous avez une idée ? L'ile de la réunion ? Pourquoi pas !
Référence : Scand J Med Sci Sports. 2008 Aug;18 Suppl 1:21-8. Live high, train low at natural altitude. Stray-Gundersen J , Levine BD.
Les chaussures anti-pronation servent-elles à quelque chose ?
Une analyse des publications réalisées jusqu'à ce jour, a permis à des chercheurs australiens d'apporter une "non réponse" à une vraie question. Les chaussures anti-pronation augmentent-elles le confort et permettent-elles de prévenir les blessures du coureur pronateur ? Les scientifiques ont constaté que jamais une étude n'a pris en compte les critères pertinents (kilométrages, performances, pathologies…) permettant d'apporter un début de réponse. Entre appui pronateur, supinateur ou universel, nous ne savons donc pas si le choix de chaussures adaptées présente un avantage. Face au vide des connaissances, le coureur ne peut qu'essayer et se forger une intime conviction.
Référence : Is your prescription of distance running shoes evidence based? Richards CE, Magin PJ, Callister R. Br J Sports Med. 2008.
La victoire est génétique
Rendez-vous sur la ligne de départ des championnats du monde de cross. Demandez à neuf concurrents de bien vouloir vous donner un peu de salive pour procéder à une étude scientifique unique. Enfin, demandez-leur d'additionner les sept sigles qui suivent : ACTN3, ACE, PPARGC1A, AMPD1, CKMM, GDF8, HFE. Vous constaterez que seul celui qui dans quelques dizaines de minutes franchira en tête la ligne d'arrivée, est capable de réaliser l'opération demandée. Comment fait-il pour résoudre l'équation de la performance en endurance ? Il ne la pose pas mais la possède. Plus exactement, l'équation est en lui ; lovée depuis toujours dans chacune de ses cellules. Explications !
Chaque sigle qui précède est un gène dont les rapports avec la performance en endurance commencent à être connus. Selon la variante du gène que dame nature a bien voulu vous donner au grand tirage au sort de l'hérédité, vous serez plus performant ici que là. Par exemple, si vous présentez une forme RR du gène ACTN3, votre corps produit la protéine alpha-actinine-3 qui augmente la force et la vitesse de vos fibres musculaires rapides. Bref, doté d'un tel attribut, vous êtes plus sprinteur que marathonien. Autant dire que vous n'avez aucune chance aux championnats du monde de cross ! Car vous l'avez deviné ; seul le champion du monde présente la combinaison parfaite de l'homme génétiquement déterminé pour l'endurance. Chacun des sept gènes sélectionnés par les chercheurs, présente chez lui la "variante endurance". Au vu de ces résultats, nombreux serons-nous à reconnaître dépités, que la victoire est forcément génétique ! Quant aux résistants, ils affirmeront sûrement que l'entraînement peut faire la différence. Une recherche réalisée en Norvège leur répond par l'affirmative. Malheureusement pour eux, la différence ne va pas dans le sens escompté (article suivant).
Référence : Unique among unique. Is it genetically determined? Gonzalez-Freire M , Santiago C , Verde Z , Lao JI , Oiivan J , Gómez-Gallego F , Lucia A . Br J Sports Med. 2008.
L'entraînement est génétique
Reconnaissons que depuis la naissance, certains possèdent des qualités d'endurance plus importantes que d'autres. Et posons la seule question qui importe. Ces différences sont-elles données une fois pour toute ou peuvent-elles être infléchies par l'entraînement ? Soucieux de donner une réponse à cette question, des chercheurs norvégiens ont suivi l'expression avec l'entraînement, de gènes musculaires chez des souris à forte et faible consommation maximale d'oxygène (VO2max). Les scientifiques ont ainsi constaté que seules les souris à forte VO2max régulaient positivement de nombreux gènes associés à l'effort de durée (gènes liés au métabolisme des lipides). La conclusion est dure à entendre mais elle s'impose. Les souris qui présentent de manière innée une capacité plus importante aux exercices d'endurance sont aussi celles qui sont susceptibles de répondre le plus favorablement à l'entraînement d'endurance. Nous qui n'accumulons pas les podiums, nous pouvons réagir de deux façons à ce nouveau "coup de poignard génétique". Apprendre où se trouvent nos forces (vitesse - endurance ? foulée - physiologie ? tactique - technique ?...) et solliciter ces forces à l'entraînement. Ou décider contre vents et marées, de continuer à nous entraîner dans une discipline même éloignée de nos aptitudes originelles. Dans cette hypothèse, nous avons tout intérêt à vivre notre sport et notre progression en rapport à nous même et non en référence à la victoire finale. Car vous vous souvenez sûrement, nous ne serons jamais champions du monde de cross (article précédent).
Référence : Gene expression profiling of skeletal muscle in exercise-trained and sedentary rats with inborn high and low VO2max. Bye A, Hoydal MA, Catalucci D, Langaas M, Kemi OJ, Beisvag V, Koch LG, Britton SL, Ellingsen O, Wisloff U. Physiol Genomics. 2008.