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Le mag n° 27 : hiver 2008

VO Maxine de la honte : Petite histoire d'une belle tromperie ! 

C'est l'histoire d'un produit appelé VO Maxine 113. Composé d'un acide gras de la famille des "oméga 3", ce produit permettrait d'améliorer de 12 % en moyenne la consommation maximale d'oxygène et ainsi les performances des spécialistes d'endurance. A travers des pages publicitaires, de nombreuses revues spécialisées ont relayé et continuent de relayer le discours aux "accents scientifiques" de la société qui commercialise ce produit. Une étude aurait été menée, une autre étude serait en cours, établissant scientifiquement la véracité des déclarations de la dite société. Mais derrière le discours, les faits parlent :
Une recherche que nous avons effectuée sur le principal moteur de recherche d'articles scientifiques dans le domaine de la médecine et de la physiologie (PubMed), ne nous a pas permis de trouver une seule étude dont les conclusions soutenaient clairement les résultats avancés par cette société.
Si certaines références données par le fabriquant correspondent effectivement à des publications scientifiques, aucune de ces références ne porte sur la relation éventuelle existant entre l'acide gras considéré et les performances en endurance.
D'autres références sont inventées de toutes pièces.
Une étude sur 500 sportifs est annoncée, étude pour laquelle, des sportifs sont appelés à payer une somme d'argent pour devenir sujets de l'étude. Autant dire, une pure supercherie.

Dans cette affaire à dormir debout, existe un fond de connaissances établies sur lequel se greffe un discours dont la mise en forme laisse peu de doutes sur l'objectif poursuivi. Nous avons rassemblé sur le site Volodalen (article) des informations plus complètes qui laissent fortement penser qu'avec VO Maxine, quand l'argent parle la vérité se tait.

Références : Raastad T , Høstmark AT , Strømme SB . Omega-3 fatty acid supplementation does not improve maximal aerobic power, anaerobic threshold and running performance in well-trained soccer players. Scand J Med Sci Sports. 1997;7(1):25-31. Site vomaxine.com. Article sur le site volodalen : www.volodalen.com/31semaine/enquete.htm

 

L'énergie du raisin


Régulièrement, des scientifiques indépendants comparent les effets sur la performance et la récupération, de gels énergétiques et de produits plus "nature" comme le sucre, les fruits secs… Régulièrement, les scientifiques ne trouvent pas de réel avantage à utiliser les produits énergétiques. Un nouvel exemple nous est donné par une étude comparant les effets d'un gel énergétique à ceux du raisin consommé 45 minutes avant un effort d'endurance. Après l'ingestion du gel énergétique (donc avant le début de l'effort), le pic d'insuline est plus important qu'après avoir mangé du raisin. Pendant l'épreuve, l'utilisation des graisses par l'organisme augmente davantage lorsque les sportifs mangent le raisin. Ces changements métaboliques considérés comme mineurs par les auteurs de l'étude, n'ont aucune influence sur la performance. Gel ou raisin, la performance en endurance ne change donc pas. Pour les chercheurs de l'université de San Diego (USA), le raisin est une bonne source d'hydrates de carbones ; bonne et moins onéreuse que les gels énergétiques.

Référence : Metabolic and Performance Effects of Raisins Versus Sports Gel as Pre-Exercise Feedings in Cyclists. J Strength Cond Res. 2007;21(4):1204-1207. Kern M, Heslin CJ, Rezende RS.

  VO2max : fractionné ou continu ?

Si nous accordons de l'importance à la consommation maximale d'oxygène (VO2max) et si nous pensons que l'entraînement est encore le meilleur moyen d'augmenter notre VO2max, la question que nous pouvons nous poser est celle du type d'entraînement qui favorise ce gain. Une équipe Strasbourgeoise a montré en 2007, que l'entraînement de type fractionné permettait d'augmenter VO2max et le débit cardiaque alors que l'entraînement de type continu ne conduisait pas à de tels résultats. Cette étude s'ajoute aux nombreuses publications qui montrent que l'entraînement fractionné réalisé dans la zone d'intensité 90-105 % de VO2max, constitue une stimulation optimale pour espérer augmenter le maximum aérobie. A ce résultat désormais bien établi, l'équipe alsacienne a pu ajouter une contribution au vieux débat portant sur les facteurs limitant VO2max. Les chercheurs ont en effet observé que l'entraînement fractionné améliore à la fois le débit sanguin (composante centrale) et l'extraction d'oxygène par le muscle (composante périphérique) alors que l'entraînement continu n'améliore que la captation de l'oxygène par le muscle. Autrement dit, avec le fractionné seulement c'est à la fois plus de sang envoyé et plus d'oxygène utilisé.

Référence : Daussin FN, Ponsot E, Dufour SP, Lonsdorfer-Wolf E, Doutreleau S, Geny B, Piquard F, Richard R. Improvement of VO2max by cardiac output and oxygen extraction adaptation during intermittent versus continuous endurance training. Eur J Appl Physiol. 2007;101(3):377-83.

 

Devenons-nous mous ?

Nous sommes en septembre 1955, le président américain Eisenhower prie instamment le vice-président Nixon de convoquer une assemblée composée notamment de champions sportifs pour discuter du problème de la déficience de la jeunesse aux Etats-Unis. Eisenhower vient de lire le rapport du docteur Kraus qui, se basant sur une série de tests musculaires, prouve que les jeunes américains ont une musculature déficiente. Un jeune américain sur deux n'a pu accomplir les tests contre moins de 10 % des jeunes européens. Prolongeant ses investigations, notre bon docteur découvre que ces jeunes américains passent 90 % de leur temps couchés ou assis. 1 % du temps seulement est consacré à l'effort physique. La conclusion est simple et terrible : la jeunesse américaine assiste à la disparition partielle de ses muscles du fait de la vie "presse-bouton" qu'elle mène ! Dans les colonnes du magazine Newsweek, cette conclusion se mue en question lapidaire : "Devenons-nous mous ? (Are we become soft ?)

Aux Etats-Unis comme en Europe, 50 années sont passées ; les commissions se sont succédées et aujourd'hui, les exemples pleuvent… Entre 1975 et 2004, les jeunes finlandais ont perdu 1 km/h de vitesse moyenne sur le test de Cooper (12' de course). Leurs performances musculaires ont été divisées par deux alors que leur poids corporel augmentait de 4 kg . Durant la même période, dans tous les pays industrialisés, le taux d'obésité grimpait en flèche, les maladies cardio-vasculaires explosaient. Et pendant ce temps, quelques irréductibles se mettaient au jogging et à la pratique physique dite de loisir. Quelques irréductibles et puis nous… Vivaient-ils la course comme un acte de résistance ? Peut-être faudrait-il demander au président Eisenhower ; lui qui quelques semaines après avoir lu le rapport du docteur Kraus était victime de sa première crise cardiaque.

Références : Article de Newsweek commenté dans le journal Le Monde du 27 septembre 1955 et publié une seconde fois dans le même journal, cinquante ans plus tard, le 28 septembre 2005. Physical fitness profiles in young Finnish men during the years 1975-2004. Santtila M , Kyrolainen H , Vasankari T , Tiainen S , Palvalin K , Hakkinen A , Hakkinen K . Med Sci Sports Exerc. 2006 ;38(11):1990-4