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Le mag n° 22 : automne 2006

Récupérer au chaud


"Faire un sauna après l'effort permet d'éliminer les toxines, de chasser l'acide lactique* … Et puis, ça détend la colonne vertébrale, relâche les muscles…".

Bien que les qualités communément attribuées au sauna ne soient pas toutes vérifiées, des chercheurs ont voulu savoir si la réalisation de séances de sauna après les entraînements pouvait jouer un rôle sur la performance en endurance.

Ils ont ainsi constaté que lorsque les athlètes s'entraînent et profitent du sauna, leurs performances sur 5 km s'améliorent comparativement à la pratique de l'entraînement seul. Cette amélioration va de paire avec une augmentation du volume plasmatique et sanguin. La pratique régulière du sauna augmenterait donc un aspect quantitatif du transport des gaz et par conséquent les performances de durée. Bien que ce résultat nous interroge sur les mécanismes d'adaptation du corps, il reste à vérifier en recourant à un solide protocole d'étude. Vérification indispensable tant les connaissances ne sont jamais bien établies… La preuve par le froid.

Référence : Effect of post-exercise sauna bathing on the endurance performance of competitive male runners . Scoon GS, Hopkins WG, Mayhew S, Cotter JD. J Sci Med Sport. 2006 * concernant l'acide lactique, voir ci-dessous le chapitre "charrette lactate"

Récupérer en froid


Depuis quelques années, au sortir de leur séance, certains athlètes de haut niveau s'immergent dans des bains glacés ou dans des "caissons du froid". Semblables au "sauna côté froid", ces versions sportives du réfrigérateur permettraient – aux dires des sportifs - de récupérer plus rapidement. Le froid après l'effort est en effet recommandé pour réduire les "dommages" musculaires et tendineux.
Alors que les émules de la "froide nouveauté" commencent à se multiplier, voilà qu'une équipe japonaise nous prévient…

L'utilisation répétée de froid après l'effort peut avoir des effets négatifs sur l'entraînement. Le froid empêcherait l'augmentation du diamètre de certaines artères et limiterait ainsi l'irrigation des muscles.
Pour les auteurs de cette étude, l'entraînement induit des ajustements biologiques parmi lesquels se trouve l'augmentation de la température musculaire. Ces ajustements sont physiologiques, transitoires et essentiels pour permettre l'augmentation du flux sanguin, la régénération musculaire… En limitant ces processus, le froid atténuerait les effets de l'entraînement.

Alors après nos séances, entre la réduction des traumatismes par le froid et les adaptations positives par le chaud, il nous reste à choisir ! A choisir, où à alterner.

Référence : Post-exercise leg and forearm flexor muscle cooling in humans attenuates endurance and resistance training effects on muscle performance and on circulatory adaptation. Yamane M , Teruya H , Nakano M , Ogai R , Ohnishi N , Kosaka M. Eur J Appl Physiol. 2006;96(5):572-80.


  Charette lactate

Par la seule force de vos muscles, vous devez amener une charrette en haut de cette côte. La charrette roule bien et n'est pas très lourde. L'effort devrait être aisé. Mais l'artisan qui vous emploie ne vous pas encore dit l'essentiel : ce que vous aurez à transporter dans cette charrette. Voilà qu'il remplit l'engin de coton en vrac. Quelques centaines de grammes de plus ou de moins ne changent rien. L'effort reste aisé, la côte légère. De retour, l'artisan vous attend à côté d'une pile de briques : 50, 60 briques… 70, 80 kg ! La côte est rude, vos muscles congestionnés… La charrette est la même mais les briques ne valent pas les plumes.

A présent, dites vous que la charrette s'appelle lactate, que les briques sont des protons hydrogène (H+) et que le coton est un sel (Na+). Avec le sel dans la navette lactate, la côte sera aisée à monter. En ajoutant de l'hydrogène dans la charrette lactate, l'effort sera rude, les muscles congestionnés…

Le lactate est une charrette. C'est un moyen de stockage et de transport. Il n'augmente pas la difficulté de l'effort. Si vous donnez du sel de lactate à des sprinteurs, leurs performances se maintiennent ou s'améliorent (effet tampon). En revanche, l'hydrogène change tout à l'effort. Source d'acidité, il diminue les performances musculaires. Associé au lactate il donne l'acide lactique c'est-à-dire la charrette chargée de briques.

Si nous souhaitons que notre langage accompagne nos connaissances, peut-être devrons-nous nous concentrer sur l'acidité (ions hydrogène) plutôt que sur le lactate. Si nous voulons nous approcher d'une "vérité du transport", peut-être pourrons-nous éviter de parler de la charrette pour nous concentrer sur son contenu.

Référence : Does oxygenated water support aerobic performance and lactate kinetics? Leibetseder V, Strauss-Blasche G, Marktl W, Ekmekcioglu C. Int J Sports Med. 2006;27(3):232-5.

  Légère acidité

Isolons un muscle de souris. Plaçons-le dans une solution remplie de "méchants protons" potassium (K+). Le muscle perd les trois quarts de sa force initiale. Ajoutons à présent une bonne quantité d'acide lactique dans notre solution. Le muscle récupère presque entièrement sa force initiale. Voilà déjà un bouleversement par rapport à nos conceptions habituelles. Mais souvenons-nous de notre charrette lactate. Disons simplement que le lactate n'est pas responsable de la fatigue et ne développons pas davantage... Revenons à présent à notre solution et augmentons l'acidité. Le muscle… récupère sa force ! Cette fois, c'est à n'y rien comprendre. La solution est plus acide et le muscle récupère sa force. L'acidité serait-elle également innocente ? La conclusion des auteurs dépasse l'hypothèse de l'innocence. Pour eux, au lieu d'être une cause de la fatigue, l'acidité peut s'avérer une protection contre elle. Les vraies causes de la fatigue associée à un travail intense seraient donc à rechercher ailleurs. Peut-être dans le potassium, mais sûrement bien au-delà…

Depuis quelques années nous disposons d'indices qui nous laissent penser qu'une part importante de la fatigue est ailleurs que dans l'acidité. A la fin des années 1970, nous disposions déjà de faits rigoureux qui montraient que le "bouc émissaire acide lactique" était innocent. Il nous a fallut plus d'un quart de siècle pour que l'idée commence à faire son chemin. Combien de temps prendrons-nous pour dépasser l'acidité ?

Références indicatives : Protective effects of lactic acid on force production in rat skeletal muscle. Nielsen OB , de Paoli F, Overgaard K. J Physiol. 2001 1;536(Pt 1):161-6.