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Le mag n° 20 : printemps 2006

Performances à oxygène


Plus notre corps est capable de transporter et d'utiliser l'oxygène de l'air, plus nos chances de réaliser des performances en endurance sont grandes. Cette relation entre oxygène et performances de durée est connue depuis plusieurs décennies. L'indicateur le plus usité pour en rendre compte est la consommation maximale d'oxygène (). La est souvent exprimée en volume d'oxygène consommé par unité de poids et par minute (ml/min/kg). Sa valeur moyenne est proche de 40 chez les sédentaires, de 60 chez les athlètes entraînés et de 80 chez les sportifs d'endurance de haut niveau. Le lien entre et endurance est si étroit que la seule connaissance du paramètre physiologique permet de prédire les performances (tableau 1).

Mais méfions-nous, la prédiction n'est jamais assurée…

  VO2max entraînée


Puisque la est reliée aux performances de durée, nous pouvons nous attendre à la voir progresser avec l'entraînement. Il en est ainsi pour certains sportifs. Pour certains, mais pas pour d'autres ! Des scientifiques espagnols ont suivi un groupe de 33 athlètes pendant quatre années d'entraînement. Ce suivi leur a permis de constater que … ne changeait pas ! Chez ces athlètes expérimentés, l'évolution des performances n'était pas reliée à la consommation d'oxygène.

Les années d'entraînement mettraient-elles aux oubliettes ? Le suivi sur une année d'un marathonien expérimenté (38 ans – vingt années d'entraînement) permet de le penser.
En septembre, ce coureur revenait d'un mois de repos (sans activité physique régulière). Ses meilleures performances de l'année ont été réalisées plusieurs mois plus tard, aux périodes où sa était… la plus basse (de février à avril) ! Voir la figure 1 ci-contre.

Les meilleurs athlètes ont les les plus élevées. Or, un athlète expérimenté peut réaliser des performances sans changer – ou même en diminuant – sa . Comment comprendre ?
Peut être peut-on se dire qu'après plusieurs années d'entraînement, a atteint un plateau et qu'alors ce sont d'autres paramètres qui interviennent en priorité pour expliquer la performance. Oui, peut être que l'expérience a un rôle à jouer ! Mais l'expérience suffit-elle à expliquer ?

  VO2max oubliée

Si la relation – performance est vérifiée au niveau d'une population, elle ne l'est plus forcément lorsqu'on compare plusieurs sportifs de même niveau.
Trois coureurs au passé sportif comparable et aux performances strictement identiques peuvent présenter des fort différentes (figure2).

Le mystère s'épaissit. Le troisième des coureurs va nous aider à l'éclaircir au moins partiellement. Hormis la course à pied, ce coureur a un deuxième sport favori. Un sport qu'il pratique deux fois par semaine : le badminton. Des trois coureurs, c'est lui qui a les "qualités dynamiques" les plus élevées.

Ce pourrait-il alors que la "dynamique musculaire" compense la ?


  En coeur ou en muscles ?

Pour les aider à classer les athlètes, certains techniciens du sport utilisent parfois des catégories grossières. Quand ils pensent que les sportifs doivent leurs performances avant tout à leurs qualités musculaires, ils les appellent les sportifs "périphériques". Ceux qui ont davantage de qualités de type transport et utilisation de l'oxygène sont qualifiés de "centraux". Le terme "central" renvoie au système cardio-vasculaire, à la capacité à extraire et utiliser l'oxygène. Le terme périphérique est davantage connoté puissance musculaire, force… Les premiers sont souvent les plus "légers", les second ceux dont la masse musculaire est la plus imposante. Les centraux seraient davantage du côté de la durée quand les périphériques excelleraient du côté de l'intensité.

Bien sûr ces catégories sont "taillées au burin". Elles permettent bien de différencier un haltérophile d'un marathonien. Mais en quoi peuvent-elles s'appliquer à un groupe de spécialistes d'endurance ? Et bien même chez les spécialistes d'endurance, certains sportifs sont capables de tenir une vitesse (ou de produire une puissance) plus élevée avec une égale ou plus faible. Par exemple, au cours d'un effort progressif, un cycliste élite a pu produire une puissance maximale de 20% supérieure à celle d'un cycliste régional avec pourtant une de 10% inférieure (figure 3).
La puissance de celui-là lui a permis de passer professionnel alors que le second est resté au niveau régional malgré sa supérieure.

  VO2max accompagnée


Un siècle de recherches en physiologie a permis de dégager un paramètre important de la performance en durée. La s'est peu à peu imposée comme la mesure du potentiel de performance en endurance. Et lorsqu'on a trouvé un paramètre important, on travaille dessus pour finalement se rendre compte que le monde ne se réduit pas à lui. Nous avons esquissé la qualité de puissance musculaire, nous aurions pu la développer. Nous aurions pu parler de rendement énergétique, de qualités "mécaniques". Nous aurions également pu évoquer des profils métaboliques différents, des capacités plus ou moins grandes à tenir longtemps un haut pourcentage du maximum… En élargissant, nous aurions pu parler de tactique de course, d'astuces psychologiques et de quoi d'autre encore…

Rien de ce monde ne semble réductible à un facteur, aussi important soit-il. La "reine " commence à en faire l'expérience.

 

Références : Résultats personnels : Cyrille Gindre – Volodalen – Institut de Médecine du Sport de Troyes. The changes in running performance and maximal oxygen uptake after long-term training in elite athletes. J Sports Med Phys Fitness. 2005 ;45(4):435-40. Legaz Arrese A, Serrano Ostariz E, Jcasajus Mallen JA, Munguia Izquierdo D.



 

 

 


 


Tableau 1 : Performances possibles sur 10 km et semi-marathon pour des coureurs dont la VO2max est de 50, 60 ou 70 ml/min/kg.

 

 




Figure 1 : Evolution sur plusieurs mois de la VO2max d'un spécialiste de marathon (en 2h45').

 

 

 

 

Figure 2 : VO2max de trois coureurs à pied ayant réalisé les mêmes performances en endurance (1h42' au semi-marathon).

 

 

 

Figure 3 : VO2max et puissance d'un cycliste niveau élite (ancien professionnel) et d'un cycliste de niveau régional.