Lorsqu'un scientifique publie, il ne doit pas divulguer l'identité du ou des personnes visées par l'article. Ce respect de l'anonymat conduit parfois à des descriptions cocasses.
Ainsi, un article publié le mois dernier présentait l'évolution des variables physiologiques d'un coureur cycliste ayant gagné le tour de France à… 6 reprises ! Vous devinez qui ? Non ?
Continuons donc à garder l'anonymat et ajoutons que ce cycliste a gagné son premier tour de France alors qu'il avait 27 ans et son dernier en date à 32 ans. Les variables physiologiques rapportées ont été relevées pendant 8 années (entre 21 et 28 ans).
Pendant cette période de 8 ans, ce cycliste (appelons-le L.A.) a maintenu sa consommation maximale d'oxygène (VO2max) a peu près stable (6 l/min, environ 86 ml/min/kg). Sa FC maximale a baissé de 207 à 200 puls/min. Son seuil lactique s'est maintenu dans des niveaux habituels chez les cyclistes de haut niveau (76-85%). Aucun de ces paramètres ne permet d'expliquer sa progression.
En revanche, durant ces 8 années, la puissance développée par L.A. à un niveau donné de VO2 a progressé de 8%. En d'autres termes, son coup de pédale est devenu plus efficace. Par ailleurs, durant les mois qui ont précédé chacune de ses victoires sur le tour de France, L.A. a perdu du poids et de la masse grasse (environ 4 à 7 kg perdus) ; son efficacité rapportée au poids de son corps progressait de 18%.
En quelques années, L.A. n'a pas modifié ses paramètres physiologiques mais a considérablement amélioré son rendement sur le vélo. Voilà l'adaptation principale d'un coureur cycliste qui s'entraîne 3 à 6 heures par jour ; un cycliste anonyme qui a gagné 6 fois le tour de France…
Référence : Improved muscular efficiency displayed as 'Tour de France' champion matures. Coyle EF. J Appl Physiol. 2005.
Spécial marathon : les seniors
Le nombre de seniors (> 50 ans) qui ont participé au marathon de New-York entre les années 1980 et 2000 a considérablement augmenté ; beaucoup plus que les autres catégories d'âge. Dans le même temps le niveau de leurs performances a lui aussi progressé plus vite que celui des autres catégories d'âge (dont les temps tendent à se stabiliser).
Non seulement les seniors sont plus nombreux sur marathon mais ils sont aussi plus performants !
Référence : Master's performance in the New York City Marathon 1983-1999. Jokl P, Sethi PM, Cooper AJ. Br J Sports Med. 2004 ;38(4):408-12.
Marathon et hydratration
Jusqu'à récemment, les guides contenant des conseils destinés aux marathoniens avaient tendance à recommander de boire autant que possible afin d'éviter les méfaits de la déshydratation et de la chaleur. Des études publiées ces dernières années ont montré combien ces recommandations peuvent être dangereuses.
Une étude réalisée sur près de 500 coureurs ayant terminé le marathon de Boston 2002 a montré que 13% des coureurs présentaient une hyponatrémie à l'arrivée de l'épreuve. L'hyponatrémie est la baisse du taux de sodium dans le sang (<135 mmol/l). Elle peut provenir d'une fuite du sel contenu dans le corps (par transpiration…) mais surtout par un apport important d'eau. Quand la baisse du taux de sodium atteint des niveaux critiques, elle peut avoir des conséquences graves sur l'organisme (œdème cérébral…).
Les scientifiques ont pu dresser un portrait robot du coureur à risque : temps de course supérieur à 4 h plus de 3 litres d'eau ingérés pendant l'épreuve poids plus élevé à l'arrivée qu'au départ de la course !!! (du fait d'une consommation d'eau excessive).
Les risques semblent surtout élevés dans les courses qui proposent des points de ravitaillements rapprochés (par exemple tous les miles – 1,6km – comme c'est le cas des marathons courus aux Etats-Unis).
Etant donné que les risques de déshydratation lors d'un marathon sont plus importants que les risques de surhydratation, continuons, bien sûr, à boire régulièrement pendant l'épreuve ; mais peut être que certains guides de conseils distribués aux coureurs devront remplacer l'expression "boire autant que possible" par un vocable plus "doux" suggérant de "boire à satiété".
Référence : Hyponatremia among runners in the Boston Marathon. Almond CS et al. N Engl J Med. 2005 14 ; 352(15):1550-6.
Marathon et météo
Une température fraîche (moins de 7- 8°C ), une légère bruine pendant la course, un ciel couvert : telles sont les conditions météorologies optimales pour réaliser des performances au marathon. C'est ce que concluent des scientifiques qui ont analysé les performances des trois premiers coureurs à franchir la ligne lors de 30 éditions du marathon de Boston.
A l'inverse, les moins bonnes performances ont été réalisées par une température supérieure à 7- 8°C , sous un ciel dégagé (couvert à moins de 50%) et sans un brin de pluie.
Ces facteurs climatiques renvoient à une adaptation déterminante pour l'organisme : la régulation de sa température. Plus l'environnement favorisait le "rafraîchissement" du corps (pas de soleil direct, température basse..) meilleures étaient les performances. Courir vite sur marathon, c'est courir dans la "fraîcheur". Rien de nouveau sous le soleil mais une belle confirmation de ce que chaque marathonien sait.
Référence : Record performances at the Boston Marathon: biometeorological factors. Trapasso LM, Cooper JD. Int J Biometeorol. 1989;33(4):233-7.
La fenêtre ouverte du marathon
Dans les heures qui suivent le marathon, les éléments du système immunitaire se déplacent moins vite, meurent davantage… bref le système immunitaire est déprimé. L'hypothèse dite de la "fenêtre ouverte" indique de manière imagée que les agents infectieux de tous genres sont plus aptes à pénétrer dans un organisme dont les capacités de défense sont réduites.
Après un marathon, prenons soin de nous !
Référence : Long-distance running modulates the expression of leucocyte and endothelial adhesion molecules. Nielsen HG, Lyberg T. Scand J Immunol. 2004;60(4):356-62.