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Le mag n° 14 : octobre 2004

Sans limites !

La nouvelle a fait beaucoup de bruit. Un article paru en juin 2004 décrit le cas d'un enfant né avec une musculature impressionnante. A 4 ans, le bambin était capable de soulever à bout de bras deux haltères de 3 kg. L'analyse de son génome a trouvé une mutation du gène codant pour une protéine régulant la croissance musculaire: la myostatine.

La myostatine limite la prolifération des cellules musculaires et les synthèses protéiques. Chez le "jeune Popeye", la mutation du gène codant a eu pour effet d'inhiber cette limite musculaire. Des essais sur les souris ont abouti à des rongeurs à la masse musculaire multipliée par trois ! Et il paraît que le mécanisme est le même chez la souris que chez l'homme.

Bien sûr cela laisse entrevoir de grands espoirs pour le traitement de certaines maladies (myopathie), bien sûr cela laisse augurer de grands profits pour l'industrie alimentaires (steaks XXL sans myostatine), bien sûr cela laisse augurer de grandes performances sportives…. D'ailleurs, des inhibiteurs à myostatine sont déjà en vente sur Internet et les vendeurs prétendent qu'ils n'ont pas d'effets secondaires !!!

Référence : Schuelke M, Wagner KR, Stolz LE, Hubner C, Riebel T, Komen W, Braun T, Tobin JF, Lee SJ. Myostatin mutation associated with gross muscle hypertrophy in a child. N Engl J Med. 2004 ;350(26):2682-8.

Sans limites !

A tous les étages de la matière, depuis l'utilisation de l'ATP par le muscle jusqu'à la mort cellulaire, le vivant se limite. Supprimer les limites du vivant, c'est peut être supprimer ce qui participe de sa substance même.


  La distance augmente avec la fatigue...

"Bon, j'accélère jusqu'à cet arbre". Peut être vous-êtes vous déjà donné cet objectif au cours d'une séance d'entraînement. Et bien sachez que la distance à parcourir vous paraîtra plus grande si vous êtes fatigué. Plus généralement, la perception de la distance n'est pas seulement une variable optique. Elle prend en compte le potentiel physique du moment c'est à dire l'impression subjective de notre propre capacité à pouvoir réaliser une action (par exemple, nous rendre au point prévu).

Voilà l'expression visuelle d'un sentiment que nous avons sûrement tous eu à un moment de notre existence ; l'impression que tout semble démesuré et irréalisable à celui qui est accablé par la fatigue.

Référence : Witt JK, Proffitt DR, Epstein W. Perceiving distance: a role of effort and intent. Perception. 2004;33(5):577-90.

  Un café !

La caféine est une substance présente dans le café ou le thé. Son ingestion avant un effort d'endurance pourrait augmenter les performances. Cet effet est notamment associé à une diminution de la fatigue perçue, à une utilisation accrue des graisses et à une meilleure épargne des sucres. Cela fait de la caféine un adjuvant privilégié pour le sportif.

Signalons tout de même qu'une consommation importante de caféine produit une tolérance voir une dépendance. Un arrêt brutal peut alors engendrer divers troubles (irritabilité, fatigue…). Ceci fait dire à certains scientifiques que la caféine est la drogue la plus communément consommée dans le monde.

Références : Bruce CR, Anderson ME, Fraser SF, Stepto NK, Klein R, Hopkins WG, Hawley JA. Enhancement of 2000-m rowing performance after caffeine ingestion. Med Sci Sports Exerc. 2000 ;32(11):1958-63. Paluska SA. Caffeine and exercise. Curr Sports Med Rep. 2003 ;2(4):213-9.

  Quelle progression possible ?

De combien pouvons-nous espérer progresser lorsque nous commençons un entraînement ? Le moyen le plus communément utilisé pour tenter de répondre à cette question est de comparer l'évolution de "vrais" jumeaux (monozygotes) dont un réalise un entraînement tandis que l'autre mène une vie sédentaire. Suite à l'étude de neufs paires de jumeaux, des scientifiques grecs proposent les chiffres suivants.

Hérédité

Entraînement

Relation hérédité / environnement

VO2max

45%

35%

20%

Masse grasse

70%

20%

10%

Seuil lactique

50-60%

25-30%

15-20%

Bien que ces chiffres soient critiquables, ils laissent penser que, si une part de nos performances est déterminée à notre naissance, il nous reste une marge confortable (35% + 20% pour VO2max) pour pouvoir exprimer "ce qui dépend de nous".

Référence : Danis A, Kyriazis Y, Klissouras V. The effect of training in male prepubertal and pubertal monozygotic twins. Eur J Appl Physiol. 2003;89(3-4):309-18.