Il y a 50 ans de cela – le 22 mai 1954 précisément - la prestigieuse revue scientifique "Nature" publiait deux articles indépendants l'un de l'autre et dont les premiers auteurs portaient le même nom : Huxley.
Les deux articles proposaient une réponse à une intrigue biologique de premier plan : comment l'énergie chimique provenant de l'alimentation est-elle convertie – par nos organismes - en travail mécanique (mouvement) ?
La théorie avancée est relativement simple. Elle peut être décrite en 4 points. Le muscle est composé de "tiges" (filaments) placées les unes à coté des autres. Ces "tiges" sont reliées entre elles par des ponts (les têtes de myosine) Comme un rameur vient appuyer sur l'eau pour faire avancer sa barque, en présence d'énergie (ATP) et de calcium (Ca2+) les ponts se "recroquevillent" entraînant un déplacement relatif d'un filament par rapport à l'autre. Répétons ce procédé plusieurs milliers de fois pour une simple fibre musculaire, ajoutons le fait qu'un pont (tête de myosine) peut aller s'attacher plus loin sur la fibre et nous comprenons comment le muscle génère de la force et du mouvement.
Au final, les filaments coulissent les uns par rapport aux autres. Voilà pourquoi, l'explication que nous venons d'apporter s'appelle la théorie du filament glissant.
En dépit de quelques aménagements, cette explication a depuis été largement confirmée. Elle s'est imposée comme le modèle nous permettant de comprendre la capacité de nos corps à faire d'un plat de pâtes une sortie de course à pied.
Références : Huxley AF, Niedergerke R. Structural changes in muscle during contraction : interference microscopy of living muscle fibres. Nature 1954, 173 ; 971-973. Huxley HE, Hanson J. Changes in the cross-striations of muscle during contraction and stretch and their structural interpretation. Nature 1954, 1973 ; 973-976.
Entraînement : La fin du seuil ?
Dans les années 1970, les scientifiques se sont rendus compte qu'à partir d'un certain niveau d'effort les paramètres physiologiques (acide lactique, ventilation, rejet de dioxyde de carbone..) "s'envolaient". Tout se passait comme si subitement le corps passait d'un état d'équilibre à un état de déséquilibre prononcé. Le concept de seuil était né.
Seuil (décrochage) observé lors d'un test progressif de course
Théoriquement, le seuil correspond donc à une intensité d'exercice au-dessus de laquelle l'effort devient subitement plus difficile. Les conséquences pour l'entraînement et la compétition sont majeures. Il faudrait courir préférentiellement au niveau du seuil - et pas au-dessus - pour obtenir la meilleure adéquation entre performance réalisée et fatigue consentie.
Depuis quelques années cette présumée "intensité privilégiée" résiste mal à l'assaut des faits.
1il existe autant de seuils que de définitions données à ce mot et de protocoles utilisés pour le mesurer.
2les paramètres physiologiques évoqués (acidité, ventilation) peuvent évoluer de manières bien différentes chez un même sportif en fonction du contexte dans lequel se réalise l'effort (température, réserves en substrats…).
Le seul fait de demander à un sportif de réaliser un effort intense préalable suivi d'une récupération peut considérablement augmenter son seuil lors de l'effort suivant…
3les données relevées au cours de tests d'efforts réalisés en laboratoire montrent que le seuil peut être présent et repérable tel que précisé par le modèle théorique. Mais il peut également être bien différent du modèle théorique ou même ne pas être du tout (absence de seuil - voir graphique ci-dessous).
Absence de seuil chez un coureur lors d'un test d'effort
Il semble bien difficile d'établir des vérités élémentaires, absolues et indépendantes du sportif et de son vécu. Par sa simplicité la notion de seuil nous aide à comprendre, à agir, à structurer l'entraînement mais elle ne saurait réduire la diversité et la complexité observée sur le terrain.
Référence indicative : Bosquet L, Gamelin FX, Legros P, Léger L. Les seuils métaboliques : un concept dépassé ? Charleroi. Congres du 10 ème anniversaire. Avril 2004. pp 30-34.
Diététique : avec ou sans lait ?
Certaines personnes font état de gênes digestives (douleur, flatulences, ballonnements…) associées à l'absorption de produits laitiers. Ces symptômes pourraient trouver leur origine dans une difficulté à digérer le sucre contenu dans le lait : le lactose. Cette difficulté serait liée à un manque d'enzyme responsable de la digestion de ce sucre : la lactase.
L'ampleur des troubles occasionnés est directement fonction de la quantité de lait absorbé (plus de consommation = plus de troubles digestifs).
Ce constat a amené certains "courants diététiques" à remettre en cause la consommation de lait chez l'adulte.
Or, le lait est un aliment essentiel à l'équilibre alimentaire. Il constitue un apport majeur en calcium, vitamines et protéines. L'arrêt de sa consommation peut entraîner des pathologies signifiantes (ostéoporose, troubles de la contraction musculaire…).
La consigne "pas de lait pour l'adulte" semble d'autant moins adaptée qu'il apparaît que la difficulté à digérer le lait est très variable selon les personnes et les pays. Elle toucherait moins de 5% des scandinaves alors que plus d'un tiers des africains et des asiatiques seraient concernés. L'histoire individuelle et collective (générations d'éleveurs…) semble donc jouer un rôle crucial. Compte tenu des informations dont nous disposons il semble raisonnable de conseiller aux personnes qui pensent souffrir de "malabsorption du lactose" de :
Consulter un médecin pour confirmer ou infirmer les troubles digestifs liés au lactose. Attention car les diagnostics posés par les personnes elles-mêmes sont fréquemment surévalués.
Réduire la consommation de lait. La baisse des apports en calcium peut être compensée par les comportements alimentaires suivants.
Prendre des produits laitiers pendant les repas plutôt qu'en dehors (facilite la digestion)
Consommer des produits contenant du calcium et peu de lactose ou contenant la lactase (enzyme) comme les yoghourts par exemple.
Le plus souvent ces simples modifications de comportement permettent de supprimer le problème d'intolérance sans se priver des bienfaits des produits laitiers.
Références indicatives : Lactose intolerance. J Am Coll Nutr. 2000. , 19 ( 2 suppl), 165S-175S. Vesa TH, Marteau P, Korpela R.
Lactose intolerance: a self-fulfilling prophecy leading to osteoporosis? Savaiano D. Nutr Rev. 2003 ;61(6 Pt 1):221-3.
Compléments alimentaires à risque...
Suite à diverses affaires de dopage, les scientifiques ont cherché à mieux comprendre la composition réelle des compléments alimentaires et autres produits de l'effort (boissons, barres énergétiques, comprimés, poudre). Partant sur la piste d'éventuelles hormones non signalées sur l'étiquette, une équipe allemande a analysé 634 compléments provenant de 13 pays différents. Les compléments ont été achetés directement dans les boutiques, commandés sur Internet ou par téléphone. Leurs résultats sont inquiétants :
14,8% des compléments contenaient des hormones (anabolisants) non déclarées.
Les pays dans lesquels a été acheté le plus grand pourcentage de compléments "positifs" étaient les Pays-Bas (25,8%), l'Autriche (22,7%), la Grande- Bretagne (18,8%) et les USA (18,8%).
Tous les produits "positifs" émanaient de sociétés commerciales localisées dans 5 pays seulement : les USA, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Allemagne.
Sur 30 compléments achetés en France, 2 étaient "positifs" (6,7%).
Référence :
Analysis of Non-Hormonal Nutritional Supplements for Anabolic-Androgenic Steroids – Results of an International Study. H Geyer, MK Parr, U Mareck, U Reinhart, Y Schrader, W Schänzer. Int J Sports Med 2004; 25: 124–129.