Les publications scientifiques ne prennent pas de vacances. Voici quelques "morceaux choisis" d'articles publiés durant cet été ; quelques morceaux spécialement consacrés à la respiration.
Un patch pour rien
Vous avez certainement déjà croisé des coureurs équipés d'un petit "sparadrap" blanc collé sur le nez. Ce "patch nasal" est destiné à augmenter la respiration s'effectuant par le nez. Cette élévation de la respiration est censée améliorer les performances dans les sports d'endurance (par une plus grande entrée d'oxygène). Ce "patch" a connu un véritable essor ces cinq dernières années.Actuellement, le nombre de coureurs ayant recours à cet ustensile semble diminuer. Les sportifs se seraient-ils aperçus de son inefficacité ?
Les scientifiques ont voulu en avoir le cur net. Ils ont demandé à 10 spécialistes de triathlon de courir pendant 5' à 80% de leur vitesse maximale aérobie (footing rapide) dans 3 conditions différentes : course course équipée du patch nasal course avec impossibilité de respirer par le nez (pince).
Les paramètres utilisés pour évaluer la réponse de l'organisme sont à la disposition de la plupart des sportifs. Il s'agit de la perception subjective de l'effort et de la fréquence cardiaque.
Résultats
Dans les trois conditions, la fréquence cardiaque (moy. = 173 puls/min) et la perception de l'effort sont restées identiques.
Ce résultat tend à prouver que : la respiration nasale n'a pas (ou a très peu) d'impact sur le coût énergétique de la course et sur la performance en endurance. le "patch nasal" n'apporte aucun avantage dans les conditions testées.
Référence : Influence of changes in nasal ventilation on estimated workload during submaximal field running. : J Sports Med Phys Fitness 2002 ; 42 (3) : 295-9. Bourdin M, Sallet P, Dufour AB, Lacour JR.
Entraîner les muscles respiratoires ?
Voilà une question quelque peu déconcertante !
Au cours de leurs entraînements, les sportifs ont pour habitude de solliciter les muscles impliqués dans le mouvement ; les muscles qui leur permettent d'avancer plus rapidement.
Et bien, trois chercheurs anglais ont - pour leur part - voulu tester les effets de l'entraînement des muscles assurant la respiration. Il est vrai que pour chez certains sportifs, la respiration pourrait être un facteur limitant l'effort.
24 spécialistes de sprints ont été répartis en deux groupes et testés selon une procédure dite en double-aveugle (c'est à dire que ni les personnes chargées de réaliser les expériences, ni les athlètes ne savaient à quel groupe ils appartenaient). Le premier groupe effectuait un entraînement des muscles inspiratoires. L'effort demandé consistait en 30 inspirations réalisées contre résistance (égale à 50% de la pression inspiratoire maximum). Cet exercice était effectué deux fois par jour pendant 6 semaines. Le second groupe effectuait également un exercice des muscles inspiratoires mais dans des conditions d'effort (niveau de la résistance et nombre de répétitions) dont on savait qu'ils n'apportaient pas d'améliorations significatives.
L'efficacité de l'entraînement réalisé a été testée au cours de deux épreuves : au cours d'une séance comprenant des répétitions de sprints. Les sportifs choisissaient subjectivement le temps de récupération dont ils avaient besoin entre chaque effort. au cours d'une course de type navette (allers-retours) effectuée à une allure sous-maximale. Dans cette épreuve, la perception de l'effort et le taux d'acide lactique des sportifs ont été mesurés. Résultats
Les athlètes ayant suivi l'entraînement des muscles respiratoires ont réduit le temps de récupération dont ils avaient besoin entre chaque sprint. Par ailleurs, la difficulté ressentie pendant la course-navette et le taux d'acide lactique accumulé ont été diminué chez ces sportifs. Ces résultats montrent que l'entraînement des muscles inspiratoires facilite la course d'endurance à une allure sous-maximale et améliore le temps de récupération entre des répétitions de sprints.
Est-ce suffisant pour "s'entraîner à respirer" ??
Référence : Effects of inspiratory muscle training upon recovery time during high intensity, repetitive sprint activity. Int J Sports Med 2002 ; 23 (5) : 353-60. Romer LM, McConnell AK, Jones DA.
Entraîner les muscles respiratoires (2)... pour améliorer les performances en endurance
La capacité d'un athlète à évaluer assez précisément la vitesse à laquelle il court tient un rôle important dans le cadre de la réalisation et de la l'analyse de ses séances.
Selon les personnes, cette vitesse de course peut être évaluée sur la base d'informations kinesthésiques (émanant du corps) : telles que l'amplitude de la foulée, la pose de pied au sol visuelles : comme la vitesse à laquelle le paysage "déroule" (entrée et sortie du champ visuel) respiratoires : amplitude et fréquence des cycles respiratoires.
Une équipe japonaise a tenté d'en connaître un peu plus sur ce dernier paramètre.
Plus précisément, elle a voulu savoir si le moment à partir duquel la fréquence respiratoire augmente de manière importante avec l'élévation de l'intensité de l'exercice était en relation avec le seuil ventilatoire *
L'évolution des paramètres ventilatoires de 36 personnes a été suivie au cours d'un test progressif de course. La comparaison des données recueillies a permis de constater que les vitesses auxquelles se produisaient le seuil ventilatoire et l'augmentation de la fréquence respiratoire étaient très fortement corrélées.Toutefois, elles n'étaient pas égales. En effet, le seuil ventilatoire se produisait à une vitesse inférieure à celle de l'augmentation rapide de la fréquence respiratoire.
Ainsi, lorsque nous sentons notre respiration s'emballer, lorsque la fréquence de notre respiration prend le pas sur son amplitude, nous pouvons estimer que l'allure d'équilibre est dépassée. Au cours d'une séance réalisée en footing rapide, notre respiration ne devrait pas atteindre un tel niveau critique.
La plupart des sportifs attentifs au fonctionnement de leur organisme s'en étaient déjà sûrement aperçus ! Les scientifiques l'ont vérifié.
Référence : Measurement of ventilatory threshold by respiratory frequency. Percept Mot Skills 2002 Jun;94(3 Pt 1):851-9. Nabetani T, Ueda T, Teramoto K.
* Seuils et transition
Si nous augmentons progressivement notre vitesse de course (intensité) il arrive un moment où l'équilibre initial disparaît. Nous entrons alors dans une zone de transition au delà de laquelle l'exercice devra être interrompu rapidement.Le seuil ventilatoire est un indicateur de la survenue de cette zone de transition.En termes d'entraînement, cette zone encadre l'allure de footing rapide. En entrée de zone (vitesse la plus faible) un coureur entraîné peut réaliser un semi-marathon. En sortie de zone, il ne tient que 10 km.