Définition actuelle Le dopage se définit comme l'utilisation de produits et de méthodes destinés à augmenter artificiellement la performance et dont les effets présentent des dangers supposés ou montrés sur la santé des personnes.
L'ambiguïté de termes tels que "artificiellement" rend la lecture d'une telle définition bien difficile. Bien qu'étant également sujette à controverses, la prise en compte de la santé des sportifs constitue une avancée très contemporaine.
Mais laissons là cette définition et revenons à une approche plus générale.
Améliorer la performance humaine Si l'on définit le dopage comme la prise de produits à des fins d'amélioration de la capacité de performance, autant dire qu'il est, sans aucun doute possible, bien antérieur aux sources d'informations dont nous pouvons disposer.
En l'absence d'études faites sur les premiers hominidés connus, les primes représentations directes montrant l'ingestion de produits destinés à augmenter les capacités de l'organisme remontent à près de 5000 ans. A l'époque, les vertus anti-fatigue de plantes comme l'éphédra (plante contenant un stimulant réputé : l'éphédrine) étaient parfaitement connues de plusieurs civilisations.
Au 7ème-6ème siècle avant notre ère, la prise de produits, à des fins de performance, connue certainement un essor considérable.
En 776 avant Jésus-Christ, les premiers rassemblements de sportifs, chanteurs, poètes voient le jour à Olympie. Depuis cette date, les Jeux d'Olympie se succédèrent pendant des siècles tous les 4 ans. Dans l'intervalle de temps se déroulaient d'autres rassemblements compétitifs comme les jeux Delphiques ou Corinthiens. Chaque "période de rencontres" était un événement tel que tout s'arrêtait dans le pays. Même les guerres marquaient une trêve sacrée. La majorité de la population était concernée. Les athlètes étaient déjà des "professionnels". Outre la couronne de laurier et l'huile sacrée, la victoire d'un athlète était accompagnée d'honneurs d'autant plus grands qu'ils rejaillissaient sur toute la province d'où il était originaire.
Dans ce contexte, la recherche d'un accroissement des performances était le lot de tous ces "spécialistes".
Si quelques régimes originaux (figues) ont été rapportés, la grande idée de l'époque était que la force dont il avait besoin, l'athlète devait la chercher dans les animaux. En mangeant leur chair, il pourrait s'accaparer leurs qualités. Si tous les athlètes se gavaient de viandes ; les lutteurs devaient prendre préférentiellement du porc bien gras, les sauteurs de la chèvre, les pugilistes et les lanceurs de taureaux. Le summum consistait à manger les testicules des animaux les plus forts. Nous verrons que cette pratique a été remise à la mode quelques dizaines de siècles plus tard. Elle est encore de mise dans certaines peuplades dites "primitives".
Passons rapidement sur quelques dizaines de siècles en signalant que dans d'autres contrées du monde, la noix de Kola (Afrique) était prisée pour ses vertus stimulantes ; les feuilles et les racines d'Iboga permettaient - selon le docteur Albert Schweitzer - aux indigènes du Gabon d'accomplir des efforts physiques sans ressentir les effets de la fatigue ; la feuille de coca donnait aux habitants des pays Andins (Pérou, Bolivie) la force de marcher des journées entières sans dormir ni manger Plus près de nous, les habitants du Tyrol usaient, pour eux et leurs animaux, de doses d'arsenic pour lutter contre la fatigue et les difficultés respiratoires.
Le tableau est loin d'être exhaustif mais il a le mérite de montrer que partout dans le monde, les hommes ont su "tirer parti" des propriétés des plantes qui se trouvaient dans leur environnement.
De l'enfance à la vieillesse, l'utilisation de ces produits pouvait être systématique. Elle s'appuyait sur la base de "bienfaits" immédiatement ressentis par la personne.
Au 19ème siècle, l'utilisation de telles plantes en décoction va constituer la première forme de dopage dans la société industrielle.
2 XIXème siècle : les premiers pas de l'industrie du sport
Au XIX ème siècle, dans la société industrielle anglaise, le mouvement sportif prend son essor. L'époque est aux paris. Pour les sportifs, la seule règle qui prévale consiste à être le meilleur à n'importe quel prix. La recherche de produits alimentaires améliorant la performance fait partie des procédés indispensables.
Le "régime" s'organise autour de différentes idées et produits : l'alimentation doit être la plus nourrissante et la moins volumineuse possible. L'objectif est de faire du muscle et rien d'autre. Tout le monde pense alors que seuls les aliments d'origine animale (viandes rouges, ufs crus ) permettent d'atteindre cette fin. Tout ce qui n'est pas muscle est considéré comme inutile. Le pain est proscrit, les liquides doivent être limités par des suées, des purgations ou des massages. des excitants (café, thé, chocolat, alcool) sont pris avant l'effort des décoctions permettent de mieux supporter la fatigue. La plus célèbre est le vin Mariani. Dit aussi "vin des athlètes", il est constitué d'une base de feuilles de coca. Il valut à son heureux inventeur reconnaissance et prospérité. C'est en effet, à cette époque, la société dans son entier (communauté scientifique y compris) qui encourage ces pratiques.
A 10 km de l'arrivée du marathon olympique de 1904, le coureur de tête - Thomas Hicks - connaît une défaillance. Aussitôt, son entraîneur, décide de lui injecter de la strychnine et de lui donner une rasade de cognac. 5 kilomètres plus loin, Thomas connaît un nouveau passage à vide. Nouvelle injection qui, selon son entraîneur, lui permet de reprendre un semblant de rythme jusqu'à l'arrivée victorieuse.
Loin de susciter l'indignation, cette pratique est alors saluée comme la preuve de l'utilité des drogues prises en cours d'épreuve.
Si Thomas Hicks pouvait bénéficier d'injections de strychnine, c'est qu'avec le développement des recherches chimiques, les décoctions sont devenues obsolètes. Les substances actives des plantes comme la strychnine ou l'éphédrine sont isolées puis synthétisées à partir d'éléments organiques simples. Les posologies peuvent être contrôlées et considérablement augmentées Au début, du siècle, la course aux molécules a débuté.
A cette époque, les substances isolées étaient destinées à limiter la sensation de fatigue et provoquer un effet euphorisant.
Les sportifs d'endurance notamment n'hésitaient pas à absorber de la strychnine (une des vedettes du moment) en mélange avec de la cocaïne et de l'alcool.
D'autres substances ont également l'honneur des pelotons. L'éther, utilisé en thérapeutique depuis 1860, est absorbé par les cyclistes, mélangé à de l'alcool à 90°, sur un sucre ou en injections. L'arsenic et la morphine sont ingérés à des doses infiniment supérieures à celles préconisées dans le milieu médical.
A chaque fois, l'objectif est de limiter la fatigue ressentie et de donner un coup de fouet avant et pendant l'épreuve.
Une catégorie de substances va remplir ces fonctions "à merveille" pendant toute la durée du siècle qui se prépare : la classe des amphétamines (page suivante).