Près de 9 sportifs de haut-niveau sur 10 déclarent prendre des compléments en vitamines et minéraux. L'idée sous-jacente à cette pratique est que la répétition d'exercices physiques intenses soumettrait le corps à des déséquilibres, à des carences que "l'automédication" permettrait d'éviter ou tout du moins de réduire.
Dans ce paragraphe, nous allons essayer de voir si cette argumentation se tient. Nous allons répondre à la question que tous nous posons : les suppléments enrichissent-ils l'organisme du sportif, ses WC et/ou les sociétés commerciales qui les produisent ?
1 Rôles des vitamines
Les vitamines sont parties prenantes de nombreuses réactions chimiques. Dans l'organisme, elles s'associent à des protéines pour donner les enzymes lesquelles peuvent alors assurer leur fonction d'activation des transformations biologiques.
Selon la vitamine considérée, les effets majeurs sont différents.
Les vitamines solubles dans l'eau du groupe B (B6 ) interviennent principalement au niveau des réactions assurant la transformation de l'énergie des aliments en énergie utilisable par le muscle (physiologie/l'énergie). Elles participent également à la production de médiateurs cérébraux.
La vitamine C intervient dans la synthèse de certaines hormones comme les catécholamines. Elle contribue indirectement à l'utilisation des lipides par le muscle.
La vitamine E est un antioxydant. Elle protège les cellules de l'organisme des oxydations dues aux radicaux libres.
Du fait de leur rôle de co-acteur dans les réactions chimiques, une carence en vitamines peut limiter ou stopper des processus vitaux. Cette situation est observée dans certaines maladies ou carences avérées suites à une alimentation déficitaire ou déséquilibrée. Dans ces cas précis, la prise de vitamines induit un réel bienfait.
Ce constat constitue le principal "argument psychologique" à l'utilisation massive de vitamines. Le raisonnement est grossièrement le suivant. Si un apport de vitamines procure de réels bienfaits à d'autres, il n'y a pas de raison pour qu'il n'en fasse pas de même à moi aussi.
Voyons, à ce sujet, ce que disent les expériences faites avec des sportifs.
2 Les vitamines et l'activité physique
L'activité physique associée à une alimentation trop pauvre ou déséquilibrée peut induire des carences. Or, ces manques sont susceptibles d'altérer les capacités physiologiques aérobies des sportifs (Vander Beek et al, 1988). Dans une moindre mesure, nous retrouvons là le processus observé en cas de pathologie.
En revanche, jamais une étude n'a pu montrer qu'un apport, même important, de vitamines ou de minéraux a un effet bénéfique sur la performance chez une personne dont l'alimentation est équilibrée.
Dans un tel cas de figure, l'effet peut même être inverse.
Trop c'est trop
Le mot de Paracelse - la dose crée le poison - s'applique merveilleusement à l'ingestion de vitamines et minéraux. A partir d'une certaine quantité de ces produits, l'organisme sature. Au mieux, les (ou la) vitamines présentes en quantité trop importante sont alors détruites et rejetées par l'urine (elles enrichissent les WC et les fabricants). Au pire, elles peuvent causer des dommages importants. C'est notamment le cas des surdoses en vitamines A, B6, C, D, E.
Entre autres effets néfastes directs, elles peuvent induire des carences par un mécanisme de compétition.
Compétitions Dans l'organisme, les éléments de structure chimique proche entretiennent des rapports étroits et parfois antagonistes. Parmi ces rapports nous retrouvons souvent une relation de compétition. Par exemple, au niveau intestinal, l'excès d'une substance empêche la pénétration d'une autre, favorisant ainsi la survenue d'une carence. Ce constat est vérifié aussi bien pour les vitamines, les minéraux que pour le couple vitamines-minéraux.
Pour illustrer la complexité de ces liens prenons le cas de la vitamine C.
Nous avons signalé, dans un paragraphe précédent, que la vitamine C favorise la pénétration du fer dans l'organisme. Mais, ce que nous n'avons pas dit, c'est que simultanément, une grande quantité de cette vitamine réduit l'entrée de deux autres minéraux : le cuivre et le zinc.
Alors comment s'y retrouver ? Comment savoir si nous sommes carencés et si une supplémentation peut nous être favorable ?
Pour avoir une idée de réponse, les scientifiques utilisent un certain nombre de techniques comme les dosages de produits dans les urines ou le calcul des apports moyens par l'alimentation. Ces méthodes ne sont pas généralisables si bien que le plus souvent, nous restons dans l'inconnu. Face à cette situation nous préconisons une solution simple et goûteuse. Mais avant de l'aborder, faisons un petit récapitulatif des intérêts qu'il peut y avoir à prendre des vitamines et minéraux.
3 Pourquoi prendre des vitamines ?
Compte tenu de l'incertitude dans laquelle chacun d'entre nous se trouve vis à vis de son propre statut vitaminique, compte tenu des effets positifs mais aussi néfastes qu'un supplément vitaminique peut avoir sur la santé, pourquoi prenons-nous des suppléments de vitamines ?
Plusieurs réponses peuvent être apportées à cette interrogation.
1parce que nous avons réellement une alimentation déséquilibrée. Certains sportifs ne connaissent de plaisirs de la table que ceux des pâtes et du riz ; blancs qui plus est. Une activité physique importante associée à une réelle pauvreté alimentaire sont susceptibles de favoriser les carences de toutes sortes.
2parce qu'à court terme la prise de vitamines et de minéraux peut apporter un plus que le sportif ressent physiquement.
3parce que nous avons besoin de compter sur autre chose que nous et notre travail pour avoir confiance.
4 Manger juste
Si nous nous limitons au seul point de vue biologique, la démarche la plus sage pour vivre au mieux de sa forme consiste à varier au maximum son alimentation ; à manger des fruits, des légumes, des céréales, des huiles essentielles (voir le secteur diététique). Pour les amateurs, ces aliments peuvent être agrémentés de produits dits diététiques comme le germe de blé ou la levure de bière.
Quant aux considérations psychologiques, il existe d'autres moyens pour être en confiance que de faire appel à des "aides extérieures" (secteur psychologie/être calme).
Bibliographie indicative
Guilland JV. Vitamines et vitaminothérapie. IXème séminaire de bioénergétique. Les troubles biologiques liés à l'entraînement physique intense. 1989 ; 65-69.
Keul J, Jacob E, Berg A, Dickhuth HH, Lehmann M, Huber G. Performance in relation to vitamins iron and sports anaemia. 2 : 51-69. In Shrimpton DH et Berry P : Nutrition in Sport. Eds Shaklee (UK) Limited, 1987.
Vand der Beek EJ, Van Dokkum W, Schrijver J, Wedel M, Gaillard AW, Wesstra JA, Van der Weerd H, Hermus RJJ. Thiamin, riboflavin and vitamins B-6 and C : impact of combined restricted intake on functional performance in man. Am J Clin Nutr 1988 ; 48 : 1451-62.