En dépit de toutes les controverses et incertitudes qui entourent le monde lactate, un fait demeure : le taux de lactate présent dans le sang est fortement corrélé à l'intensité de l'exercice (parmi d'autres citons Rieu, 1993). Plus un athlète courre vite, plus il produit de lactates. Ce simple constat justifie son utilisation dans le contrôle et le suivi de l'entraînement. Sa légitimité est d'autant plus grande que les performances réalisées en course de demi-fond et de fond sont, elles aussi, prévisibles à partir des taux de lactate relevés à l'entraînement.
Nombreux sont les auteurs qui ont montré que le seuil lactique, ou la fraction de consommation maximale d'oxygène correspondant à une augmentation rapide du taux de lactate dans le sang apparaît comme un facteur déterminant de la performance en course d'endurance (Mac Dougall 1977, Skinner et Mc Lellan, 1980, Sjödin and Jacobs 1981, Brooks 1985, Davis 1985). Pour certains d'entre eux, il serait un indicateur de la performance en endurance plus fiable que la consommation d'oxygène (Miller et Manfredi, 1987), la composition en fibres musculaires et l'économie de course (FarellL, 1979).
Objectivation de l'effort réellement subit par l'organisme, prévision de la performance ; autant de caractéristiques qui ont accompagné et contribué au développement de l'utilisation du lactate dans la pratique sportive.
En pratique
Le suivi de l'entraînement par l'intermédiaire de la lactatémie demande de posséder un petit analyseur portatif. De tels appareils sont disponibles sur le marché pour moins de 2000 francs.
Pendant et après l'épreuve de course, l'athlète se pique le bout du doigt à l'aide d'un stylo-piqueur. Il dépose une goutte de sang sur une lamelle qui est ensuite insérée à l'intérieur de l'appareil. En une minute le taux de lactate sanguin est donné et enregistré par l'analyseur. Selon le type de test effectué, la mesure du lactate s'effectue pendant les pauses et/ou à l'issue de l'épreuve. Elle n'a de pertinence que comparé au même test effectué quelques semaines plus tôt.
Suite à un entraînement aérobie, différentes évolutions peuvent advenir. Donnons les trois profils le plus souvent observés.
1la vitesse réalisée pendant le test a augmenté alors que le taux sanguin absolu (à une vitesse donnée) a diminué. C'est la meilleure configuration possible suite à un travail aérobie. L'athlète est capable d'aller plus vite sans produire plus de lactate. Son potentiel aérobie a progressé.
2la vitesse au test s'est maintenue ou a baissé ; le taux de lactate a augmenté. Les qualités aérobies ont régressé. Cette évolution est souvent observée après une phase d'inactivité.
3la vitesse s'est maintenue ou a régressé. Deux hypothèses sont possibles. Ou l'athlète était fatigué le jour du test (fatigue momentanée) ou il est fatigué depuis un moment ; surentraîné ; ne supportant pas l'entraînement qu'il réalise. Dans les deux cas, il serait bon de prendre quelques jours de repos et de refaire le test pour s'assurer du résultat. Va-t-il dans le sens du test précédent et de l'état général de l'athlète ? Si c'est le cas et que l'hypothèse du surentraînement est vérifiée, il est urgent de ne rien faire c'est à dire de prendre du repos et de repenser l'entraînement.
Si l'entraînement visait au développement de la filière anaérobie, alors les résultats doivent être rapportés aux adaptations attendues (production, diffusion, métabolisation - voir la physiologie/énergie/la filière anaérobie acide).
En moyenne, les taux de lactate trouvés aux différentes allures de course s'approchent des chiffres suivants :
Concentrations lactiques moyennes (en mmol/litre) dans différentes épreuves de courses. Les couleurs font référence aux zones d'allures (les vitesses)
Pour en finir avec ce chapitre, précisons que la mesure de la lactatémie n'est pas un geste anodin. Elle impose de sérieuses précautions méthodologiques autant pour la santé de l'athlète et de l'entraîneur (manipulation de sang) que pour la validité des résultats trouvés. Ces inconvénients nous font conseiller de réserver son utilisation aux seuls athlètes très entraînés, expérimentés et dans le cadre d'une information globale sur les méthodes de mesure.
Elle peut être avantageusement remplacée par l'utilisation d'autres indicateurs comme la fréquence cardiaque (physiologie/cardiaque) ou la perception de l'effort (physiologie/perception de l'effort) qui procurent les mêmes bénéfices que la lactatémie sans avoir à supporter ses inconvénients.